Jai aujourdhui le privilège et lhonneur de vous présenter ma candidature à la 1ère vice-présidence de notre syndicat. Cest ainsi poursuivre un chemin, commencé depuis maintenant quatre ans, où vous mavez accordé votre confiance en mélisant au bureau en qualité de secrétaire général adjoint, puis trésorier, et enfin vice président province pendant deux ans.
Pendant ces quatre années, jai appris nos règles immuables, nos usages, et notre langage. Je sais ainsi quà un congrès, il appartient au Président sortant de faire son bilan et de nous livrer son testament ; la Présidente, elle, dici quelques instants, tracera la feuille de route de lannée à venir, cest le temps de la profession de foi ; quant au candidat à la1ère vice-présidence, il lui appartient de se présenter, de parler de lui, exclusivement de lui, cest le temps de lintrospection, voire de la confession.
Le but de cet examen de conscience, auquel chaque candidat doit se soumettre, est de vous permettre de connaître celui ou celle à qui vous pourriez être amené, dans un avenir proche, à confier le destin de notre fédération.
Je doute que le fait de savoir que je suis né le 16 janvier 1977 à Remiremont dans les Vosges, dun père landais et une mère alsacienne, et que jai trois frères et surs plus âgés que moi, ne soit pour vous dune quelconque utilité. De même que le fait de connaître ma taille (1,75 m), ma pointure (41 ½), ou mon poids Cette variable est dailleurs sans doute la moins pertinente car lexpérience récente nous a montrée quelle peut grandement fluctuer au cours dun mandat
Ce que je dois vous raconter, cest le parcours qui ma conduit à un engagement militant.
Je dois dabord vous confesser que je nai jamais eu faim, ni manqué de rien. La conscience dune différence, dune hiérarchie non fondée selon le seul critère du mérite, mais de la naissance, est née au contact des autres. Jai longtemps cherché un cadre pour exprimer et partager à plusieurs ma révolte et mon idéal. Jai rêvé du grand soir, de la lutte finale, sans toutefois, je vous lavoue, être prêt à sacrifier mon confort.
Ce cadre, je lai trouvé à luniversité, notamment au travers du syndicalisme étudiant. Ce fut une expérience inoubliable et une formidable école. Jy ai découvert les motions, les rapports, les assemblées générales houleuses, et parfois la violence des élections internes. Nous parlions avant tout de nous-mêmes, avant de penser à la condition étudiante. Le plus important était finalement de changer le syndicat de lintérieur, avant de se soucier, un jour, de lextérieur.
Jai malgré tout aimé cet épisode de ma vie, même si je le regarde sévèrement aujourdhui. Je crois que je naurais pas aimé la vie étudiante sans ce parcours syndical, tout comme je sais que je naimerais pas autant la profession davocat sans lUJA de Nancy et la FNUJA.
Pourquoi suis-je devenu avocat ? Je ne le sais pas. Je nai pas eu le sentiment dun choix, mais dune évidence. Je crois que lidée dexercer une profession porteuse de valeurs et didéal a beaucoup compté.
Ce que je sais, cest que jai eu du mal à être avocat. Jai eu un mal fou à trouver une collaboration. Jai multiplié les entretiens dembauche, dabord à Nancy, puis dans lEst, puis dans toute la France. Bertrand Gasse ma reçu deux fois, et refusé deux fois
Je trouve enfin une collaboration. Lété venant, lannée suivante, je prends quelques jours de congés. À mon retour, je navais plus de bureau. Cest comme cela que jai appris la rupture de mon premier contrat de collaboration. Jai pensé tout arrêter. Je ne voyais pas davenir dans une profession qui ne voulait pas de moi. Je ne me sentais pas à la hauteur. Je voyais mes camarades de promotion saguerrir, être épanoui, je me sentais minable à côté deux.
Et puis il y a eu lUJA, et sa Présidente Hélène Strohmann, qui ma tendu la main. Elle ma permis non seulement de trouver une collaboration, mais également de rompre un isolement destructeur. Je dois énormément à lUJA.
Ainsi, il y a maintenant plus de huit ans, je décidai de participer à la revue de lUJA. La distribution des rôles fut providentielle. Mon allure de pied-noir courtaud et velu ma conduit tout naturellement à interpréter Alain Delon dans la reprise dun duo célèbre avec Dalida. Ma Dalida ce fut Éléonore Dupleix
Éléonore, je veux te dire combien jadmire tes capacités découte, de conseil, de finesse danalyse et de jugement. Tu es attentive aux autres et lintérêt que tu leur portes nest jamais feint. Tu as pris, avant ce congrès, une décision difficile en mettant fin à la collaboration qui te liait au cabinet qui ta vu naître. Je veux te dire quils ont bien tort de ne pas te retenir. Jai confiance en toi. Et, même si je sais que tu nas pas besoin de moi, je souhaite tassurer de mon soutien indéfectible.
Après cette revue, je me suis associé avec celui qui était alors vice président de lUJA, Philippe Guillemard.
Philippe, cela fera bientôt huit ans que nous avons lié nos portefeuilles, ce qui pour toi veut dire beaucoup. Je nai jamais regretté mon choix et cest avec plaisir que je te retrouve chaque jour au bureau. Je pense que ni toi ni moi naurions pu aller aussi loin séparément. Je suis heureux de ce que nous avons fait, et nous avons encore tellement à faire. Je veux te dire également combien je suis fier dêtre lassocié du Bâtonnier de Nancy.
Je tai succédé à la tête de lUJA de Nancy. Jai adoré ce mandat.
LUJA de Nancy avait quitté la fédération nationale depuis une dizaine dannées sans que plus personne ne se souvienne des raisons de ce départ. Cest avec une certaine appréhension que nous nous sommes rendus à Paris, avec Éléonore, en octobre 2008, à notre premier comité FNUJA. Cétait un peu comme jour de rentrée des classes. Une rentrée où on change décole et on va chez les grands. On sétait levé tôt pour prendre le train, on avait mit nos jolis habits, et on a longtemps cherché la salle de classe.
Lidée saugrenue métait venue dintervenir à ce comité et de donner mon avis sur le débat du jour : la fusion des professions davocat et de conseil en propriété intellectuelle. Dinstinct jétais contre. Jai été rapidement corrigé : on ma bien signifié que je navais rien compris et que la doctrine de notre syndicat ne permettait pas de tenir un discours comme le mien. Non seulement javais tort, mais en plus, jétais passéiste et ridicule. Jai eu limpression dêtre un paysan venant Porte de Versailles au salon de lagriculture, invité gentiment à regagner son pré.
Cest aussi ça, parfois, la FNUJA, et jusquau bout je lutterai contre cela. Toute opinion est respectable, aucune doctrine nest immuable.
La FNUJA cest aussi ça, mais bien évidemment, ce nest pas que cela. Jai été subjugué par la quantité dinformations que je pouvais recueillir à chacun de nos comités. Jai rapidement constaté quainsi, jétais plus au courant que mon Bâtonnier sur lactualité notre profession. Par nos débats, jai pu apprendre, réfléchir, évoluer parfois. Je ne suis jamais revenu dun comité sans une idée nouvelle pour mon UJA ou pour mon exercice professionnel.
Mon premier congrès fut en Corse, le président dalors sappelait Olivier Bureth que jai eu la joie de retrouver quelques années plus tard auprès de nos amis de la FA UJA (fédération africaine des associations et unions de jeunes avocats) à Abidjan. Durant ce congrès, malgré une mer déchaînée, jai rapporté une motion et jai soutenu ma candidature la délégation nationale.
Lannée suivante, Camille Maury ma proposé de réfléchir sur la durée de sa mandature, avec Hélène Lemetteil de lUJA de Paris, sur la problématique de lavocat en entreprise. Elle y était viscéralement attachée, et moi farouchement opposé. Nous avons tous les deux accepté et avons trouvé un point déquilibre qui a abouti à ladoption dune motion à Bordeaux. Si nous y sommes parvenus, cest avant tout parce que nous avons accepté de nous entendre, de nous respecter et surtout de nous comprendre. Cest je crois la seule méthode pour avancer. Rien nest impossible aux hommes de bonne volonté.
Mon mandat se terminant à la présidence de lUJA de Nancy, jai souhaité aller plus loin, poursuivre le chemin, et me présenter au bureau de la FNUJA. Jai bien compris que venant dune petite UJA, nétant là que depuis un an et demi, mes chances de succès étaient limitées, voire nulles. De mon passé militant, jai retenu plusieurs leçons : limportance de bien connaître les statuts et les règles de vote, que les plats ne passent quune fois, et que ce que lon nest pas prêt à vous donner, il faut le prendre.
Je nai été téléguidé par personne, jai simplement profité dantagonismes dalors qui préexistaient à mon arrivée et dont je nétais pas à lorigine. Jai saisi lopportunité qui sest présentée, parce que je savais très bien que cétait la seule, et quaucune autre fenêtre ne souvrirait dans lavenir. Aujourdhui, les choses se sont apaisées, mais je souhaiterais que de cette expérience, chacun puisse se dire que sil souhaite sinvestir à la FNUJA, au bureau ou en dehors, il en a la possibilité. On ne lui demandera pas doù il vient, mais ce quil pense. Tout jeune avocat doit pouvoir prétendre à la présidence de la FNUJA, si telle est son ambition.
Jai été membre du bureau de Romain Carayol et jai adoré cette année. Jai pu apprécier ses qualités exceptionnelles découte, de conseil et danalyse. Il reste pour moi une référence, en dépit de sa faible culture musicale et de son excédent capillaire
Dans un autre style, jai partagé lannée suivante le bureau de Stéphane Dhonte. Cest à la fois un bulldozer, que rien ne dévie de sa route, et en même temps un formidable joueur déchecs. Jai également beaucoup appris de lui.
Jai poursuivi mon apprentissage lan dernier aux côtés de Yannick Sala. Jai pu mesurer à quel point ce mandat, bien que court, était rude, intense et exigeant. Yannick a toujours su être là, au bon moment, je ne doute pas que nos chemins se croiseront à nouveau.
Et puis cette année, ce fut Roland Rodriguez. Nous atteignons là le summum de la culture musicale Nous nous sommes rencontrés sur les routes du Tarn. Alors que jentonnais les plus grand succès de Daniel Guichard, tu mas répondu en chantant Jean Ferrat en occitan. Nous avons alors poursuivi ensemble avec Charles Aznavour, Gilbert Bécaud et Michel Berger Cette conversation musicale na depuis jamais cessée. Jai mis mes pas dans les tiens et tu mas guidé tout au long de ces années. Merci beaucoup, merci pour tout.
Je noublie pas non plus ceux avec qui jai partagé ces bureaux et qui ny sont plus : Laurent, Caroline, Charles, Aminata, Marie et Cédric. Les amis, vous me manquez.
Avant-hier, Roland mobilisait un proverbe philippin pour nous rappeler limportance de nos origines. Les miennes, cest avant tout la Lorraine.
« Je suis dun pays, dun horizon, dune frontière
Qui sonne guerre, qui sonne éternel hiver », (Patricia Kaas, Une fille de lEst)
Jai bien conscience que les fonctions auxquelles jaspire doivent me conduire à élever un peu le niveau de mes références culturelles. En bon lorrain, je me référerai donc à Maurice Barrès, qui évoque dans La colline inspirée, « ces lieux où souffle lesprit », pour vous parler de lieux qui me sont chers.
Je veux vous dire quêtre là a pour moi une importance toute particulière. Jai passé une partie de mon enfance à quelques kilomètres dici, à Saint-Jacques, où mes grands-parents ont vécu et où jai été très heureux. Aujourdhui, nous ny avons plus de maison, mais un caveau funéraire où quelques places sont encore disponibles. Cette présence dune partie de moi dans la terre, fait que quelque part, je me sens ici chez moi.
Évoquer mes origines, cest aussi vous parler des gens qui comptent pour moi.
Éléonore bien sûre, merci dêtre là, merci dêtre toi. Jaurais tellement de choses à dire, mais je sais très bien que ni toi, ni moi, ne sommes adeptes des épanchements publics.
Mes parents, mes frères et surs, et le Père Jean-Michel Dulucq, qui où que je sois maccompagnent.
Il y a ceux à qui je dois la vie, et notamment Monsieur Joël Laïd, skipper du bateau Eilidh, affrété par lUJA de Marseille pour tester ma résistance. À toutes les UJA, je veux vous dire que bien quhomme libre, je ne chéris par la mer. Jai déjà eu droit grâce à vous à une traversée en paquebot, à une régate en voilier, et à plusieurs promenades en péniche. Aussi, je vous suggère une pause dans les activités nautiques pour les deux années à venir.
Je tiens à remercier Bertrand Gasse dêtre venu ici. Bien entendu, je ne ten veux pas de ne pas mavoir embauché. Tu étais Bâtonnier quand jai prêté serment. Je me souviens du discours magnifique que tu as fait, et ce jour là, devant ma famille, tu mas rendu fier de devenir avocat.
Je remercie bien évidemment mon Bâtonnier, Philippe Guillemard, qui mhonore de sa présence et de son soutien.
Je suis ravi quElsa Duflo vienne ici à son premier congrès avant de prendre, dans quelques jours, la présidence de lUJA de Nancy. Je te souhaite dêtre heureuse à ce poste autant que je lai été. Je connais tes immenses qualités, et je sais que notre association ne pouvait rêver meilleur guide.
Je veux aussi remercier lUJA de la Moselle, sa présidente Caroline Rumbach, sa vice présidente Anne Muller, ainsi que Julie Ambrosi et Marine Klein-Desserre. Je vous remercie dêtre là. En dépit des antagonismes historiques qui ont pu opposer nous deux villes, je suis persuadé que nos deux UJA ont le plus grand intérêt à travailler ensemble. Ne vous y trompez pas, je continue de trouver que la gare de Metz est affreuse. Rendez-vous dans un an en ligue 1 !
Aux membres actuels du bureau, je veux dire que jai dans lavenir encore deux discours à prononcer lors desquels je pourrais être amené à dire du bien de vous. Point trop nen faut, vous attendrez donc encore un peu pour vos compliments.
Voilà qui je suis, voilà doù je viens.
Jai sans doute un tempérament plus réservé que mes glorieux prédécesseurs. Je nirai pas vous taper dans le dos. De même, vous ne mentendrez jamais parler de famille pour caractériser le lien qui nous unit. Ce nest pas mon vocabulaire. Sachez seulement que cela nenlève rien à lestime et à laffection que je porte à chacun dentre vous.
Je vais en terminer en évoquant celle que vous attendez tous, Anne-Lise Lebreton. Je ne suis que la première partie du concert, et cette partie na que trop duré…
Anne-Lise, nous avons déjà passé quatre année ensemble au bureau de la FNUJA et nous nous connaissons bien. Je veux te dire que je me réjouis de poursuivre à tes côtés mon apprentissage. Pendant toutes ces années, tu as toujours été dune aide et dun soutien précieux pour chacun dentre nous, cest à mon tour de taider. Je veux tassurer de ma loyauté tout au long de ta mandature où tu nous conduiras à la victoire.
Je te cède maintenant la parole, montre-nous le chemin, nous le suivrons.
