Jeunes Avocats – Jeunes Magistrats : Communiqué commun sur la réforme pénale

Les professionnels du droit attendaient avec impatience une réforme profonde du droit pénal, afin de rendre leur sens aux peines qui sont prononcées chaque jour en France.

Les peines planchers ont eu pour effet de voir prononcées des sanctions disproportionnées par rapport à la réalité des faits commis. Les seuils d’aménagement de peine portés à deux ans d’emprisonnement en parallèle ont eu pour conséquence d’affaiblir le sens des peines de détention ferme: en effet, les peines prononcées par les tribunaux sont plus lourdes que par le passé, mais elles sont aussi plus souvent exécutées en dehors des enceintes des établissements pénitentiaires. Il était donc temps d’aborder une réforme pénale, qui en réformant le droit, doit également modifier le regard que porte la société sur les peines, qu’il s’agisse des condamnés, des victimes, et en définitive de l’ensemble des citoyens.

Or, il convient de constater que le projet actuel, derrière de grands principes et une volonté certaine d’améliorer la situation, se contente de quelques ajustements.

Si l’on évoque la contrainte pénale, il s’agit d’une peine qui est exécutée au sein de la société, le condamné étant soumis à un contrôle et une surveillance adaptée à sa personnalité et aux faits qu’il a commis, à défaut de quoi un magistrat tirera les conséquences de ses manquements en envisageant son incarcération.

L’équivalent de ce type de peine existe déjà, qu’il s’agisse du sursis avec mise à l’épreuve, du travail d’intérêt général voire du suivi socio-judiciaire. Dès lors, l’instauration d’une contrainte n’aura de sens que si elle remplace les peines existantes (sauf encore une fois à vouloir rendre un peu plus complexe le droit pénal, en superposant les réformes) : instaurer la contrainte pénale en concevant une forme unique de peine, exécutée au sein de la communauté, peut renforcer la compréhension de ce type de sanctions et son appréhension par la société, si elle devient une peine usuelle, donc qui remplace toutes les peines de milieu ouvert existantes. C’est dans un second temps, si des moyens suffisants sont donnés pour contrôler les condamnés et lorsque son efficacité sera démontrée, qu’elle aboutira, peut-être, à prévaloir sur les peines d’emprisonnement ferme.

Si l’on évoque l’emprisonnement ferme, il a perdu toute sa signification et se trouve banalisé, tant par les juridictions que par les condamnés : lorsqu’une telle peine est prononcée, jusque deux ans d’emprisonnement, l’intéressé sera convoqué devant le
juge de l’application des peines pour envisager un placement sous surveillance électronique ou en semi-liberté… La justice est menaçante en prononçant des peines d’emprisonnement, dont chacun sait désormais qu’elles seront souvent exécutées sans incarcération ! Le paradoxe est d’ailleurs complet lorsque cet aménagement de peine est prononcé par le tribunal lui-même : une peine d’emprisonnement ferme est prononcée en dernier recours, au regard de la gravité des faits ou de la personnalité de l’auteur… qui, dans le même temps, va justifier l’absence d’incarcération et d’aménagement de la peine ! Il faut cesser cette hypocrisie qui banalise l’idée même de l’incarcération, et une solution simple peut être proposée : le placement sous surveillance électronique (et la semi-liberté) ne doit plus être l’aménagement d’une peine d’emprisonnement, perçu comme une forme d’affaiblissement de la décision initiale, mais une peine à part entière. Elle devrait même être la peine principale prononcée par les juridictions (sans passer par la fiction de l’emprisonnement). Comme aujourd’hui, le juge de l’application des peines pourrait intervenir ensuite pour en fixer les modalités, et comme aujourd’hui, si le condamné ne répond plus à ses convocations ou n’apporte pas les garanties nécessaires, l’emprisonnement pourrait être prononcé. Au lieu de dégrader les peines, en feignant de prononcer un emprisonnement qui n’est pas exécutée sous cette forme, on prononcera une peine qui a vraiment vocation à s’exécuter, avec la possibilité de sanctionner le condamné qui n’aurait pas saisi la gravité de la situation.

Madame la Garde des Sceaux, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, Citoyens de tous bords, nous, jeunes avocats et magistrats, nous appelons à soutenir l’initiative d’une réforme pénale. Toutefois, cette occasion ne doit pas être manquée : la réforme à venir doit permettre de redonner du sens à la justice, en renforçant les peines de probation par un cadre juridique unique, sans complexifier le droit actuel, et en rendant autonomes les mesures aujourd’hui qualifiées
d’aménagements. En tout état de cause, il convient, une fois encore, de rappeler qu’aucune réforme ne sera efficace tant qu’un budget suffisant ne sera pas affecté à
la justice.

Anne-Lise LEBRETON
president@fnuja.com

Philippe GUISLAIN
presidence@jeunesmagistrats.fr