SYNTHESE DU RAPPORT
Lexcellence des acteurs des professions du droit et de la santé garantit aujourdhui la sécurité juridique et sanitaire à nos concitoyens par un maillage territorial, certes perfectible, qui offre un accès au droit et à la santé de haut niveau : les stigmatiser nest pas dutilité publique.
Le Gouvernement a par conséquent réaffirmé à raison lexclusivité des missions de certaines catégories dactes juridiques ou de délivrance de médicaments.
Pour autant, la lucidité oblige à constater que des rigidités se sont installées et perdurent
depuis des décennies sans que lintérêt général ne les justifie plus.
Dans ce contexte, la mission sest assurée de la mise en adéquation des nouveaux besoins des territoires avec les exigences de modernisation du cadre juridique des professions concernées.
Cette modernisation appelle un certain nombre de ruptures avec le fonctionnement et lorganisation tels quils existent.
Ainsi, supprimer le droit de présentation au bénéfice dun concours, cest préférer à la sécurité dynastique issue de 1816 légalité républicaine du XXIème siècle, conformément à larticle 6 de la Déclaration des droits de lhomme et des citoyens qui dispose : « (
) Tous les Citoyens étant
égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents. ».
Créer un nombre significatif doffices et de charges publics cest permettre laccès aux jeunes et aux salariés à un exercice indépendant et renforcer le maillage territorial.
Confier à une instance indépendante le soin de fixer le nombre doffices pour assurer un maillage territorial optimal, cest rompre avec une forme de cogestion inadaptée.
De même, le modèle économique a développé des singularités et des tendances erratiques consenties par les professionnels comme par les pouvoirs publics que le rapport de lInspection générale des finances rendu public en septembre 2014 a relevées à juste titre.
Ce rapport a pu susciter des interrogations, des troubles, voire des angoisses, alors même quil ne constatait que des réalités, certes incomplètes, et qui, malgré des polémiques, nont dailleurs fait lobjet que de contestations partielles.
Ces observations et propositions, réalisées en pure rationalité économique, méritaient dêtre complétées par la prise en compte de la réalité des pratiques, de la diversité des territoires et des complexités de métiers différents : tel était également lobjet de la mission.
Or, si la nécessité de réformer certains archaïsmes ou déviances est impérative, lenjeu ne saurait être de porter atteinte à un écosystème qui fonctionne.
Réformer avec justesse simpose pour une plus grande efficacité économique et pour plus de justice dans laccès aux professions et dans la mobilité des services.
Réformer les méthodes et les relations de lEtat avec ces professionnels savère tout autant nécessaire.
Il est patent que les professions concernées, comme les pouvoirs publics, saccommodent dun système à certains égards opaque, puisque les premiers organisent en toute logique la rentabilité de leur travail tandis que les seconds mettent à leur charge des tâches et des responsabilités nouvelles, sans sinterroger sur le financement de ces dernières ni même sur leur cohérence globale.
Ce processus a abouti à une illisibilité de la réalité des coûts et de la justification des prix quil devient aujourdhui utile de clarifier.
Les sinuosités réglementaires conduisent à un fonctionnement qui ne facilite pas la mobilité et laccès des nouvelles générations, en particulier sagissant des professions réglementées du droit.
Ainsi, la mission a constaté que des professionnels réalisent des prestations à perte ou sous-rémunérées et bénéficient « en échange » dautres dont la rémunération est trop avantageuse : un nouvel équilibre, rationnel et transparent, doit être trouvé sans annihiler cette forme de péréquation.
Cest pourquoi confier à lAutorité de la concurrence la mission de donner un avis sur les tarifs garantira la transparence aux citoyens, aux entreprises, et la prise en compte des coûts réels aux professionnels, tout comme leur révision tous les cinq ans permettra des adaptations
régulières.
Les besoins de léconomie moderne comme légalité républicaine dans laccès aux emplois publics appellent à une nouvelle jeunesse de lensemble du système, garantie de son avenir.
Réformer nest pas casser ; réformer cest en lespèce revivifier, régénérer.
Conserver lessence de professions, souvent délégataires de service public, justifie de sinscrire dans un mouvement progressiste pour en assurer la pérennité. Refuser lévolution signerait un refus de sadapter et danticiper les défis de lenvironnement daujourdhui.
La rationalisation du maillage des pharmacies et la délégation de nouveaux actes aux pharmaciens procèdent par exemple de cette logique, tout comme, pour les professions du droit, la création dun statut dadministrateur ou de mandataire judiciaires salarié.
Réformer sans casser, cest optimiser les atouts dun modèle qui a fait ses preuves et en corriger sans craintes les défauts évidents.
Ouvrir le capital et favoriser lexercice en commun, dans un cadre interprofessionnel, doivent être encouragés pour développer lactivité et linnovation des professions.
Ni le statu quo ni le bouleversement radical nauraient de sens : le premier parce quil freinerait les nécessaires adaptations, le second parce quil ne serait ni pragmatique ni praticable.
Desserrer les contraintes, « aérer » les professions, permettre larrivée de nouvelles pratiques et intégrer les nouvelles générations, fluidifier les règles de lactivité doivent être des objectifs partagés pour un modèle français durable, novateur, garant de lintérêt général, fier des progrès accomplis et audacieux face à ceux à accomplir.
Cest dans cet esprit que la mission a travaillé, en concertation constructive avec tous ses interlocuteurs, et avance 28 propositions.
Inscrire ces recommandations dans la loi modifiera des pratiques, entrainera des changements dhabitudes, organisera une saine concurrence maitrisée et contribuera à lactivité et à légalité des chances économiques.
La mission sest attachée à entendre et à écouter toutes les parties prenantes et à proposer des réglages fins et exigeants plutôt que des mesures brutales.
Elle a résolument fait le choix de renoncer à lillusion facile dannonces tapageuses et de mesures vaines, pour privilégier une réforme en profondeur, gage defficience et de changements réels.
Pour une nouvelle jeunesse.
Retrouvez, ci-après, l’intégralité du rapport :
