Monsieur le Député,
Monsieur le président du Conseil Régional,
Monsieur le président du CNB, Cher Pascal,
Monsieur le président de la Conférence des Bâtonniers, Cher Marc,
Monsieur le représentant du Bâtonnier de Paris, Cher Xavier,
Mesdames et Messieurs les Hauts Magistrats,
Madame ladjointe au maire,
Mes chers confrères, dici et dailleurs,
Mes chers Amis,
Merci à tous dêtre présents,
Et tout particulièrement à vous, Madame la Garde des Sceaux.
Cela faisait 5 ans quun Ministre de la Justice nétait pas venu nous rencontrer,
Cela faisait 2 ans que nous étions totalement boudés par la Chancellerie.
Vous nous aviez dit lors de la Convention Nationale des Avocats de Montpellier que vous aviez besoin dentendre la parole des jeunes avocats alors merci dêtre venue lécouter aujourdhui.
Madame la Garde des Sceaux,
En ce 14 mai, soit 4 jours après la journée nationale de mémoire de la traite, de lesclavage et de leurs abolitions marquée cette année par linauguration du Mémorial Act en Guadeloupe,
En ce 14 mai, soit 4 jours après la date anniversaire de ladoption, en dernière lecture au Sénat, en 2001, de la Loi reconnaissant lesclavage en tant que crime contre lhumanité Loi que lon vous doit-.
Ici, à Nantes, en cette ville marquée par lhistoire du « commerce triangulaire », dont elle fut lun des principaux ports,
A Nantes, où, il y a 15 ans, la FNUJA, également réunie en Congrès, adoptait une motion par laquelle, elle apportait son soutien à la député de Guyane que vous étiez alors, et demandait quil soit inscrit dans la Loi que lesclavage organisé par la France et dautres Nations à lencontre de plus de 200 millions dAfricains durant plus de trois siècles, sur trois continents, relève au sens du droit pénal français et international, de trois crimes contre lhumanité : le Génocide, la déportation et la réduction en esclavage.
Aujourdhui, alors que des représentants de ces trois continents, lAfrique, lEurope et les Amériques sont présents, comment passer sous silence cette monstruosité de notre histoire.
Je ne le peux pas. Je ne le veux pas.
Je suis née et jai grandi à Nantes, le travail de mémoire fait par ma ville a accompagné mon adolescence.
Vous lavez écrit dans votre ouvrage « Lesclavage expliqué à ma fille », la ville de NANTES « a été la première des villes portuaires françaises à regarder son passé en face. ( ) Elle a ainsi, dès 1992, ( ), lancé un projet « Les Anneaux de la mémoire », avec la double symbolique de la chaîne qui entrave et de lanneau qui fait le lien, le maillon de la solidarité ».
Ce travail de mémoire se poursuit depuis.
Ainsi il y a 3 ans, la ville inaugurait le Mémorial de labolition de lesclavage, voulu par Jean-Marc AYRAULT non comme « un nouvel acte de contrition, mais bel et bien[comme] un appel à se souvenir des combats passés pour se projeter dans lavenir, lutter contre toutes les formes desclavage moderne et daliénation des droits de lHomme afin de construire un monde plus solidaire. »
Ce message a une résonnance toute particulière cette année, alors que nous avons connu lhorreur de lintolérance.
Le rejet de lautre à raison de sa religion ou de sa couleur de peau est inacceptable. Les attaques racistes dont vous avez été victimes sont inacceptables.
Vous avez écrit « La traite et lesclavage ont été un accélérateur phénoménal de la diversité. Cette déportation massive a fabriqué des métis, des nouvelles entités collectives. Cest la vie qui mélange et cest le plus grand présent que lhumanité ait reçu dune Histoire abominable ».
La meilleure réponse à lobscurantisme est là.
Apprendre de lautre, construire avec lautre. Faire de laltérité une force.
Ce précepte a toujours été celui de la FNUJA.
Je veux ici saluer tout particulièrement notre Fédération sur, la FAUJA, Fédération Africaine des Unions de Jeunes Avocats, son Président Blaise LUNDA et les confrères du Bénin et de la République démocratique du Congo qui la représentent.
Mais aussi Martun PANOSYAN, Président de lUnion des Avocats Francophones dArménie, qui, le 25 avril dernier commémorait, avec son Barreau, une autre atrocité de lHistoire : le Génocide Arménien.
Enfin, jai une pensée pour nos confrères de Tunisie, autre pays touché par la Barbarie dune fusillade au Bardo, et plus particulièrement pour lAssociation Tunisienne des Jeunes Avocats, avec qui nous entretenons des liens forts depuis quelques années, lesquels liens devraient se concrétiser très prochainement par la signature dun partenariat renforçant encore nos échanges.
Fort de nos différences, de nos histoires respectives, Jeunes Avocats de tous continents, nous enrichissons nos combats respectifs pour le respect de la dignité de tout être humain, pour les libertés et pour la Justice.
Merci à tous dêtre présents pour participer, avec nous, au 72ème congrès de la FNUJA qui souvre aujourdhui et aux termes duquel nous avons lambition de participer, toujours un peu plus à écrire lhistoire de notre profession.
UNE HISTOIRE ENTRE TRADITION ET MODERNITE
Depuis la création de la FNUJA, des générations de Jeunes Avocats se succèdent et font bouger les lignes, sans jamais renier ce quils sont :
des femmes et des hommes de droit,
des confidents,
des conseillers,
des porte-paroles,
des défenseurs
soumis à une déontologie forte.
En 1928, déjà, Gaston Monnerville, votre illustre compatriote, première personnalité issue de lempire colonial français à accéder aux plus hautes fonctions de lEtat et plus jeune Président de la Haute Assemblée,
mais surtout, pour nous, lun des Premiers présidents de lUJA de Paris, énonçait lors du « banquet annuel » de notre syndicat que lUJA na dautre but que de « collaborer à lévolution de la profession davocat en sinspirant à la fois des nécessités inéluctables de la vie moderne et de la sagesse éprouvée de nos règles traditionnelles ».
Cette phrase, prononcée il y a 87 ans est dune étonnante actualité.
Sadapter sans se renier.
Notre profession, souvent sous limpulsion de notre syndicat, le fait depuis des siècles et devra encore le faire (jy reviendrai plus tard).
De manière a priori contradictoire, ce qui nous permet dévoluer, cest ce socle intangible constitué par nos principes essentiels et notre déontologie.
Il existe, ainsi, des fondamentaux au premier rang desquels notre INDEPENDANCE et notre SECRET PROFESSIONNEL, auxquels nous nacceptons pas quil soit porté atteinte et que nous ne renierons jamais.
Cette année fut malheureusement loccasion de le rappeler trop souvent.
En premier lieu, je citerai LE PROJET DE LOI MACRON.
Oui, la profession davocat est une profession réglementée.
Non, ce nest pas un privilège qui ferait de nous des nantis, « captateurs de revenus ».
Cette vision erronée des dires mêmes de lIGF- est celle dun ancien ministre polémiste qui, à défaut de trouver des solutions à la crise économique, que tous subissent de plein fouet y compris les professionnels libéraux-, a fait le choix dune mauvaise campagne de communication tendant à désigner, sans nuances, les professions règlementées comme boucs-émissaires des problèmes de la France.
Malheureusement, même un changement de ministre na pas fait cesser le recours à des méthodes inacceptables :
- Refus de concertation et absence détude dimpacts au motif fallacieux dune urgence impérieuse
- Volonté de procéder par voie dOrdonnance afin de faire léconomie des débats parlementaires
- Confiscation du vote des représentants du peuple français au profit dun passage en force sur le fondement de larticle 49-3 de la Constitution.
Et que dire du fond :
Le projet initialement soumis à lAssemblée Nationale tendait, en vrac, à :
- Supprimer la territorialité de la postulation ou à létendre au niveau des Cours dappel
- Ouvrir les cabinets davocats aux capitaux extérieurs
- Créer dun placebo de secret professionnel au profit de lentreprise
En outre, Bercy a cru devoir céder au lobbying des experts comptables et introduire devant lassemblée nationale un amendement tendant à élargir la possibilité pour ces derniers de faire du droit à titre accessoire et à les autoriser à rédiger des actes sous seing privé
En dautres termes, il était proposé de réduire à néant :
- la Justice de proximité et laccès au droit
- les garanties essentielles accordées aux usagers du droit
- et la sécurité juridique
Voila pourquoi, il nappartient au Ministre de lEconomie ni de soccuper de Justice, ni de jouer à lapprenti sorcier :
Le sacrifice dune Justice de qualité napportera jamais croissance et richesse au pays.
Heureusement, un important travail de lobbying du CNB, en particulier, et de la profession en général, a permis, notamment devant le Sénat, de remettre un peu dordre dans ce désastre annoncé.
Ainsi, en létat :
- lélargissement de la territorialité de la postulation est envisagé à titre expérimental
- il nest plus question douvrir les cabinets davocat à des capitaux extérieurs
- la question de lavocat en entreprise et/ou du legal privilege des juristes dentreprise -qui rodent- a été écartée du projet de Loi Macron
- la possibilité pour les Experts comptables de rédiger des actes sous seing privé a été supprimée, la définition de laccessoire réécrite mais, elle laisse subsister une possibilité accrue pour ces hommes du chiffre de faire du droit.
Sur ce dernier point, nous continuerons à uvrer pour un retour à lexistant, un maintien de léquilibre actuel. Pourquoi ouvrir le champ de laccessoire des experts comptables alors que cest linterprofessionnalité quil faut construire ? Une interprofessionnalité dans laquelle la synergie naitrait du respect des compétences de chacun, donc de la suppression de laccessoire. Je crois, Madame la Garde des Sceaux, que nous partageons cette volonté.
Nous resterons également vigilants sur tous les autres sujets. Le processus est encore long et le retour prévisible du texte devant lAssemblée Nationale après le Commission mixte paritaire ne manquera pas dapporter son lot de nouvelles attaques. Il semble ainsi que Monsieur MACRON ait annoncé sopposer à la simple expérimentation de lélargissement de postulation.
Bercy entend donc persister et signer.
A défaut détude dimpact, lexpérimentation est pourtant un minimum.
Nous veillerons donc.
Et au nom de notre attachement à un service public de la Justice de qualité et de proximité, nous continuerons à nous opposer à toute nouvelle atteinte que le Ministre de lEconomie tenterait de porter à la Justice.
A ce stade, Madame la Garde des Sceaux, je dois vous dire que les Avocats ont, durant tout ces mois où ils défendaient la qualité de la Justice de ce pays et les droits des justiciables, eu le sentiment de ne pas être soutenus par leur Ministre de Tutelle.
Vous qui êtes courageuse, nous le savons, ne vous êtes pas, publiquement opposée, à votre homologue des Finances alors quil empiétait largement sur vos platebandes et les piétinait sans ménagement.
La solidarité gouvernementale peut-elle justifier de ne pas défendre une haute conception de la Justice ?
Madame la Garde des Sceaux, je vous le demande, redevenez la rebelle que vous avez affirmé être. Reprenez votre place de Ministre de la Justice.
Si nous avons un désaccord sur une question relative à la Justice, cest avec notre Ministre de tutelle que nous voulons en débattre.
Justement
LES ATTEINTES AU SECRET PROFESSIONNEL
Elles se multiplient sans cesse. Les perquisitions dans les cabinets davocats, les saisies de documents confidentiels, les écoutes téléphoniques de conversation entres des avocats et leurs clients, se font aujourdhui de manière fréquente et totalement décomplexée. Le cabinet davocat nest plus un sanctuaire et le secret nest en pratique- plus absolu.
Le projet de loi renseignement, voté à une large majorité par les députés, tend dailleurs à entériner cette dérive.
En effet, ce texte ne protège pas plus le secret des avocats quil ne protège le secret des médecins ou des journalistes. Les informations recueillies, à titre confidentiel, par ces professionnels, dans le cadre de leurs fonctions, pourraient désormais être librement collectées, sans même quun juge judiciaire puissent sélever contre les dérives probables.
Si naturellement, nous comprenons la nécessité de renforcer la sécurité de tous au regard des évènements terribles de ce début dannée, cela ne peut se faire au détriment des libertés fondamentales des citoyens ni de leur droit au secret professionnel.
Car, le secret professionnel est bien une garantie pour le justiciable et un devoir pour lavocat.
Emile GARCON écrivait, plus dun siècle en arrière, que « le bon fonctionnement de la société veut que le malade trouve un médecin, le plaideur un défenseur, le catholique un confesseur, mais ni le médecin, ni lavocat, ni le prêtre ne pourraient accomplir leur mission si les confidences qui leur sont faites nétaient assurées dun secret inviolable.
Il importe donc que à lordre social que ces confidents nécessaires soient astreints à la discrétion et que le silence leur soit imposé sans condition ni réserve, car personne noserait plus sadresser à eux si lon pouvait craindre la divulgation du secret confié. Ce secret est donc absolu et dordre public ».
Suite au drame de CHARLIE HEBDO, envisage-t-on aussi de sonoriser les confessionnaux ?
Cette idée aurait peut être amusée un instant la bande de CHARB. En fait non, trop épris de liberté, ils lauraient certainement fustigée à coups de crayon, tout comme ils auraient défendu le secret, cet élément fondamental de létat de droit que chaque société démocratique devrait garantir.
Les Jeunes Avocats, non au travers dun dessin, mais dune motion adoptée le 25 avril dernier, ont souligné lurgence et la nécessité dune réforme législative sur le secret professionnel. Et puisquil ne suffit pas de réclamer, ils travaillent à la rédaction dun projet de Loi qui sera finalisé lors de ce congrès.
Ce texte mentionnera notamment :
- linterdiction absolue découter les communications dordre professionnel des avocats (les solutions techniques existent, il suffit de vouloir sen saisir)
- la possibilité effective dun recours contre toute investigation visant les lignes téléphoniques dun cabinet
- et en cas dinvestigation visant le Bâtonnier en exercice, linformation du plus ancien des Bâtonniers dans lordre du Tableau
Naturellement, nous tiendrons à votre disposition ce projet de loi ambitieux et nécessaire à la réaffirmation de ce que nous vivons bel et bien dans un état de droit.
Qui dit état de droit, dit ACCES AU DROIT ET A LA JUSTICE.
Encore un sujet qui mobilise les jeunes avocats depuis toujours.
Il y a 8 ans déjà, cest en mintéressant à ce sujet que jai fait mes premiers pas à la FNUJA. Prenant acte de ce que les fonds de létat ne permettaient plus daugmenter le budget de létat nous réfléchissions à des sources de financement complémentaires et à la création dun « Fond pour laccès au droit » dédié à gérer tant les financements étatiques que les nouveaux financements envisagés sous forme de taxation ou de contribution dédiée sur :
- lensemble des actes faisant lobjet dun enregistrement, dun dépôt ou dune publicité légale,
- lensemble des primes et cotisations des contrats dassurances souscrits en France,
- et lensemble des décisions de justice, la contribution étant alors due par tout succombant
Si la profession, via le CNB sest rapidement saisie de ces propositions, jusque là les gouvernements successifs les avaient sciemment ignorés.
Lexaspération face à cette inertie volontaire des pouvoirs publics et à lidée nouvelle quil faudrait faire payer les avocats pour financer le système de laide juridictionnelle, ont conduit les barreaux et les avocats, aux abords de lété 2014, à se mobiliser, pendant de nombreux mois, avec en point dorgue la manifestation du 7 juillet qui a réuni plus de 6.000 avocats dans les rue de Paris.
Cette mobilisation, à laquelle les UJA ont pris plus que leur part, dont elles ont même souvent été moteur au niveau local, était à la hauteur du désarroi de notre profession qui porte à bout de bras un système moribond.
Ainsi que vous lavez-vous-même souligné lors de votre intervention à la Convention de Montpellier, les Avocats « ont le souci du citoyen insolvable », ils ont le souci de permettre aux plus démunis daccéder au droit et à la Justice. Cest pourquoi, alors que les gouvernements successifs se sont désintéressés du service public de laide juridictionnelle, la profession sy est profondément impliquée, par solidarité, et dans lintérêt des justiciables, de manière désintéressée.
Alors, oui, je suis fâchée, quand un ancien confrère, le député LE BOUILLONNEC pour ne pas le citer, prétend que la profession naurait pas assez intégré sa vocation au titre de lAJ et ferait prédominer une conception économique de celle-ci.
Je suis fâchée aussi lorsquà loccasion de vos prises de paroles sur le sujet, vous tenter de justifier, à grand renfort de chiffres et statistiques, quil serait équitable de faire payer la profession et en particulier les cabinets daffaires qui ne traiteraient pas de dossiers daide juridictionnelle. Je suis fâchée parce que vous oubliez systématiquement une statistique : 100% des dossiers daide juridictionnelle sont traités par les avocats. Aucun dossier nest délaissé. La profession remplit donc parfaitement sa mission, pour sa part.
Je suis fâchée encore quand après avoir rappelé lunité de notre profession du fait de notre formation commune, de notre serment, et de notre déontologie vous jouez la division entre les avocats, en opposant, de fait, petits et grands cabinets espérant que les premiers succombent à la tentation de vouloir faire payer les seconds. Ce nest pas ce que jattends dun Garde des Sceaux.
Vous laurez compris, la FNUJA est farouchement opposée à toute contribution financière que les pouvoirs publics envisageraient de mettre à la charge des avocats.
Il nappartient pas aux avocats de se substituer à la solidarité nationale qui doit prévaloir en matière daide juridictionnelle, ni de pallier aux carences de létat plus quelle ne le fait déjà.
La FNUJA est également vent debout contre « les structures conventionnées » en raison notamment :
- de latteinte portée à lindépendance de lavocat qui y serait placé dans un lien de subordination avec son Ordre ;
- de lincompatibilité entre lappartenance à une telle structure et le développement dune clientèle libérale ;
- de la sectorisation de la phase de garde à vue au détriment des autres phases de la procédure pénale et donc de limpossibilité dassurer une défense pénale complète et de qualité pour des avocats cantonnés à la seule phase de garde à vue
Lors de notre précédant congrès nous indiquions déjà dans lune de nos motions que nous continuerions à faire front contre ces propositions, tout en restant ouvert au dialogue afin de trouver des solutions de financement alternatives justes et pérennes.
Nous avons ainsi, par lintermédiaire de lun de nos élus au Conseil National des Barreaux, participé à la concertation que vous avez souhaité mettre en place afin de réformer, en profondeur, le système de laide juridictionnelle.
Nous saluons dailleurs linitiative, même si à linstar de notre institution représentative, nous nous interrogeons aujourdhui sur son utilité, compte tenu des récentes déclarations du Ministre de lEconomie selon lesquelles il ny aura aucune augmentation du budget de laide juridictionnelle.
Gageons que les travaux en cours dans le cadre de la concertation permettront de mettre à plat le système de laide juridictionnelle et de le rationaliser afin de faire des économies substantielles.
Si telles nétaient pas le cas, sachez que les Jeunes Avocats y ont travaillé de leur côté, quun rapport a été commis pour ce congrès et que nous vous transmettrons nos préconisations.
Je ne peux conclure ce point sur laccès au droit et à la justice sans saluer le fait que cette année, enfin, les pouvoirs publics ont ouvert la voie à un circuit de financement diversifié, en intégrant dans le projet de Loi de finance pour 2015, le financement de lAJ par :
- une taxe sur les contrats dassurance de protection juridique
- une revalorisation des droits fixes de procédure pour les décisions des juridictions répressives
- une taxe forfaitaire sur les actes dhuissiers de justice
Cest évidemment une véritable avancée.
Toutefois, compte tenu des seuils de plafonnements des recettes affectées au financement de lAJ, cest une victoire en demi-teinte.
En effet, via ces trois sources de financement, seuls 43 millions deuros viennent abonder le financement de laide juridictionnelle, ce qui ne permet même pas de couvrir le coût dintervention des avocats dans le cadre de leurs nouvelles missions dassistance, dont le déferrement.
Nous sommes donc encore très loin du doublement du budget de laide juridictionnelle que vous et nous appelons de nos vux.
Nous poursuivons donc le combat afin dassurer, à tous, un égal accès au droit et à la justice.
LEGALITE,
A lapproche de la date anniversaire de la promulgation de votre Loi, la Loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, je me dois de vous parler dégalité.
Depuis quelques années, sous limpulsion de lUJA de PARIS, et tout particulièrement de sa présidente, Valence BORGIA, les jeunes avocats sont très actifs sur les questions dégalité.
Initialement, sur la question de légalité professionnelle entre les femmes et les hommes qui vous est chère, je le sais-.
Nous avons ainsi uvré avec succès, pour assurer une plus grande protection aux femmes enceintes et aux jeunes mamans à leur retour de congés maternité. Mais aussi pour permettre aux hommes de pouvoir prendre toute leur place au sein de leur foyer. Nous sommes convaincus que légalité professionnelle passe par ce rééquilibrage. Il faut que chacun, homme ou femme, femme ou homme, trouve sa place tant dans sa sphère familiale que dans sa sphère professionnelle. Cest pourquoi nous militons pour lallongement du congé paternité à 4 semaines. Si cette mesure a été adoptée par le Barreau de Paris, elle na pas rencontré le même succès au CNB. Mais je suis convaincue que ce nest que partie remise maintenant que notre institution représentative est dotée, sur proposition de la FNUJA, dune commission Egalité.
Il nous est en effet apparu important que le CNB se saisisse du problème persistant -malgré la très forte féminisation de la profession- de discrimination manifeste à légard des femmes dans notre profession. La situation des avocates nest pas enviable : non seulement, leur revenu annuel moyen est inférieur de moitié à celui de leurs homologues hommes, mais en outre, elles accèdent moins vite et de manière moins certaine à lassociation.
Nous avons, par ailleurs, souhaité que lobjet de cette commission aille au-delà de la question de légalité Femme / Hommes et traite de toutes les questions dégalité et de discrimination.
Cest en ce sens, aussi, que nous travaillons en interne à la FNUJA. Ainsi, nous préparons, en collaboration avec le Défenseur des Droits, une grande enquête afin de lever lomerta sur les discriminations de toutes sortes (religions, origines, physiques, orientations sexuelles
) qui peuvent exister dans notre profession.
Les résultats de cette enquête nous permettront didentifier les actions à mener afin de combattre les discriminations dénoncées.
Ces actions nous les proposerons ensuite au CNB.
Ce CNB que, lannée passée, nous avons défendu contre vents et marées, alors quil faisait lobjet dattaque de la part des promoteurs de lOrdre national.
Les confrères appelés a voté le 6 décembre 2014 pour le renouvellement de leurs représentants au CNB ont clairement refusé lOrdre national.
Tout aussi clairement, les confrères ont plébiscité la liste de la FNUJA en lui accordant près de 25% des suffrages exprimés alors quil y avait 9 listes en lice.
La FNUJA est, et demeure, le premier syndicat davocats français. Et cest la fierté.
Nous avons largement gagné ces élections, grâce à notre programme, grâce à un vrai travail déquipe et grâce aux formidables candidats de nos listes paritaires.
10 de ces candidats sont désormais, et pour 3 ans, membres de lassemblée générale du CNB.
Il sagit de :
- Roland RODRIGUEZ
- Massimo BUCALOSSI
- Matthieu DULUCQ
- Leila HAMZAOUI
- Maria BONON
- Valentine COUDERT
- Marie DUTAT
- Florent LOYSEAU DE GRANDMAISON
- Joanna TOUATI
- et Sébastien BRACQ
Au-delà du collège général, notre collège naturel, nous avons aussi un élu, dans un collège ordinal. Un élu, qui au stade de sa candidature nous a demandé de porter les couleurs de la FNUJA une preuve supplémentaire de sa fidélité à notre famille et de son courage-.
Ce courage dont il fait preuve depuis des années, et plus particulièrement depuis quelques semaines très médiatiques, en défendant, avec une énergie démesurée, Serge ATLAOUI, français condamné à mort en Indonésie.
Cet élu, ce confrère, cet ami, cest Richard SEDILLOT.
Cest donc désormais 11 élus que nous avons au CNB.
Je peux vous assurer que depuis 5 mois ils sont présents dans toutes les commissions et travaillent tous déjà darrache-pied. Je les en remercie sincèrement.
Il ne faut pas oublier que le CNB, cest ça : des confrères qui prennent sur leur temps professionnel et personnel dans lintérêt de la profession. Cet engagement doit être salué.
* *
Avant de partir, je veux lancer un appel à la profession et aux jeunes que nous sommes et que nous représentons.
Un appel à une prise de conscience.
Un appel à prendre notre destin en main
Nous sommes à lheure de la transformation.
« Sadapter ou mourir », cest un peu grandiloquent mais sans doute pas totalement faux. Cest en tout cas la vision de Richard SUSSKIND (avocat londonien, devenu consultant).
Larrivée des sites de consultations en ligne, des start-upper du droit, la sous-traitance des dossiers à létranger nous ont tous alertés.
Notre première réaction a été au mieux le rejet au pire de faire comme si cela nexistait pas.
Nous ne devons pas ignorer plus longtemps le mouvement qui sest enclenché.
Il ne sagit plus dêtre prospectif, mais dêtre réactif.
Nous ne pouvons pas continuer à faire comme si cela ne nous concernait pas directement.
Il faut que chaque avocat se sente concerné par les nécessaires évolutions qui doivent intervenir dans la profession.
Il faut cesser de nous contenter de nous plaindre.
Il faut cesser de nous draper dans nos principes pour justifier un immobilisme qui pourrait nous conduire à notre perte. Nos principes ne sont pas des obstacles au changement, ils en seront les guides. Nous pouvons tout nous permettre dès lors que nous respectons notre déontologie. Et celle-ci est suffisamment bien faite pour accompagner les évolutions les plus modernes de notre profession.
Il faut choisir entre réfléchir aux opportunités ou se réfugier dans un repli certainement mortifère-.
Je veux voir en ces changements des sources dopportunités.
Les défis à relever par les avocats sont nombreux:
- la volonté de réduction des coûts juridiques par les entreprises,
- laccès gratuit via internet à des informations juridiques pour lesquels lavocat se faisait auparavant rémunérer,
- la demande de réactivité des clients,
- La concurrence toujours accrue et plus variée,
- Renouer les liens qui semblent sêtre distendus avec nos clients, particuliers ou entreprises, qui grâce à internet disposent dinformation faisant quils ne sont plus tout à fait profanes,
- Devenir de vrais chefs dentreprise, assurant tout à la fois le management des équipes et la gestion financière du cabinet
Ces défis ne doivent pas faire peur, il faut les prendre à bras le corps. Cest ce que nous avons décidé de faire à loccasion de ce congrès.
Nous allons réfléchir à ladaptation de nos pratiques à ce monde de technologie, à lidentification et à la mise en avant de notre valeur ajoutée.
