Monsieur Mathieu KLEIN Président du Conseil Départemental
Monsieur le Président je vous remercie pour votre soutien dans lorganisation de ce congrès, le Département de Meurthe et Moselle en est partenaire
Nous serons vendredi soir à lhôtel du Département. Je ne sais pas si nous aurons le plaisir de vous voir. Si tel est le cas, je vous préviens, la soirée est costumée. Le thème cette année est « qui sy frotte sy pique ».
Lan passée à Nantes, la soirée qui se déroulait salle de lharnachement au Palais des Ducs de Bretagne avait pour thème « Maîtres et Maîtresses »
Lors de notre congrès de Lille, cette traditionnelle soirée déguisée était intitulée « cuir et dentelle ».
Vous noterez que nous avons opté cette année pour une certaine sobriété. La chardon
Ardent.
Maître Catherine LEBON représentant Monsieur le Maire de Nancy
Monsieur le Procureur Général Frédéric FEVRE
Monsieur Pierre WAGNER, représentant Monsieur le Premier Président
Merci de nous accueillir chez vous, ce qui nallait pas de soi. Vous avez par ce choix montré lattachement et la considération que vous portez à la profession davocat et nous y sommes particulièrement sensibles.
Monsieur le Bâtonnier Pascal EYDOUX, Président du Conseil National des Barreaux
Monsieur le Bâtonnier Frédéric SICARD, Bâtonnier de PARIS, Vice-Président du Conseil National des Barreaux
Monsieur le Bâtonnier Yves MAHIU, Président de la Conférence des Bâtonniers, Vice -Président du Conseil National des Barreaux
Monsieur Roland RODRIGUEZ, Vice-président du Conseil National des Barreaux, et surtout Président dhonneur de la FNUJA
Alors que mon mandat sachève dans quelques jours, je réalise toute limportance et la considération quil faut porter à nos anciens Présidents.
Je ne doute pas que mes successeurs sauront sen souvenir.
Monsieur le Bâtonnier Frédéric FERRY, Bâtonnier de NANCY
Après avoir fait les beaux jours de léquipe de foot du barreau, vous présidez aujourdhui aux destinées de notre ordre. Les résultats ne se sont pas fait attendre puisquen quatre mois de mandats lASNL retrouvait la ligue 1.
A travers vous je veux remercier lensemble du barreau de Nancy qui nous apporte son soutien pour organiser ce grand rendez-vous que nous donnons à la profession toute entière.
Madame la Présidente de la conférence interrégionale des Bâtonniers du Grand Est
Messieurs les Bâtonniers et Vice-Bâtonniers de STRASBOURG, METZ et EPINAL
Monsieur le Bâtonnier Dominique BOUCHERON, Président de la CNBF, la Caisse Nationale des Barreaux Français, cest-à-dire notre caisse de retraite
Rappelez-vous Monsieur le Bâtonnier, nos relations avaient bien mal commencées. Nous nous parlions, que par lettres ouvertes adressées aux 60 000 avocats de France. Sous légide des Bâtonniers ZILLIG et BELHAMICI sest organisé un déjeuner. Ce déjeuner fut triste car vous étiez je crois au régime
Poisson et légume vapeur avec une Badoit fines bulles pour toute fantaisie
Mais si ce repas fut triste, notre conversation fut riche. Bien sûr subsistent des divergences mais nous avons su je crois dissiper tout malentendu.
Monsieur le Bâtonnier Bertrand BECKER, Président de lANAAFA, Association Nationale dassistance administrative et fiscale des Avocats
Monsieur Eric CHANCY, Directeur Général de la CREPA, Caisse de retraite et de Prévoyance du personnel des Avocats
Monsieur Alexandre BOUQUET, représentant Monsieur le Président du Syndicat National des Directeurs Pénitentiaires
Madame Florence LARDET, Présidente de l’Association des Jeunes Magistrats
Monsieur David LADAME, Président du Club des Jeunes Experts Comptables
Je veux saluer les syndicats davocats
Monsieur Florian BORG, Président du Syndicat des Avocats de France
Madame Thi My Hanh NGO-FOLLIOT, Présidente de la Confédération Nationale des Avocats
Madame Catherine GAZZERI-RIVET, 1ère Vice-Présidente de l’Avenir des Barreaux de France
Monsieur Jean-Christophe MONNE, représentant le Président des Avocats Conseil dEntreprise
Jai pris beaucoup de plaisir à nos échanges. Nous avons su à chaque fois que lintérêt de la profession lexigeait nous rassembler. Peut-être que labsence délections à favoriser ce dialogue. Cela ne durera pas, alors profitons-en.
Je veux enfin remercier les délégations étrangères
Monsieur Benjamin BODIG, Président de la Conférence du Jeune Barreau de Luxembourg
Il ny a pas un cocktail dans le monde organisé par la profession davocat ou tu ne sois. A titre dexemple tu as participé cette année aux rentrées des barreaux de Monaco, Montréal, New York, et Hong Kong
Jaurais dans ces conditions été particulièrement vexé que tu ne sois pas à notre congrès.
Monsieur Yassine YOUNSI représentant le Président de lAssociation Tunisienne des Jeunes Avocats. Le Prix Nobel de la Paix qui a été décerné à lOrdre National des Avocats de Tunisie, le vendredi 9 octobre 2015 consacre le rôle essentiel dune profession davocat indépendante, dans lédification dune démocratie et dun Etat de droit.
Malgré les heures sombres et les récentes tragédies qui ont endeuillé la Tunisie et attristé le monde, les avocats tunisiens ont fait preuve dun courage, dun engagement et dune persévérance qui forcent ladmiration et le respect.
Monsieur Ismaël NAINO, Président de la Fédération Africaine des Association et Unions de Jeunes Avocats
Jai toujours considéré nos échanges comme un privilège. Sans la FNUJA je naurais sans doute jamais connu Abidjan ou Kinshasa. La réciproque na jamais été aussi vraie. Tu es accompagné dune importante délégation du Niger, du Rwanda, du Bénin et de République Démocratique du Congo. La probabilité pour vous de venir à Nancy sans les liens qui unissent nos deux fédérations était nulle.
Je sais que de nombreux confrères auraient aimé taccompagner, je suis désolé que nous nayons pu pour eux faciliter lobtention dun visa.
Mesdames, Messieurs les Bâtonniers,
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil National des Barreaux,
Mesdames, Messieurs les Présidents dUnions de Jeunes Avocats,
Chers Confrères,
Chers amis,
Lannée passée, à lissue de notre congrès, vous avez adopté un certain nombre de motions qui constituaient la ligne politique de notre mouvement. Il mappartenait de clore ce conclave, de tracer la ligne de route que nous allions suivre. Tel nest pas le cas aujourdhui. Le mandat que vous mavez confié sachèvera à la fin de la semaine, une autre que moi guidera désormais notre fédération, et nous adopterons samedi les textes qui nous engagerons pour lannée à venir.
Je nentends donc vous livrer ni un programme, ni un testament, mais faire le bilan de laction qui fut la nôtre, et mettre en perspective les enjeux auxquels notre profession est confrontée.
Javais clos mes propos lan dernier sur cette phrase de Sénèque « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. » Cest donc tout naturellement que nous ouvrons cette année notre congrès dans lancienne salle de bal de lhôtel de Beauvau Craon, devenue salle de la Cour dassises de Meurthe et Moselle.
Cette année fut une année dorage, et nous sommes sans doute encore au cur de lorage.
Lorage, cest dabord lépreuve du terrorisme à laquelle nos sociétés doivent faire face depuis des mois. Ayons lhumilité dadmettre notre incompétence pour apprécier la portée, la nécessité, ou même le bien bienfondé des stratégies diplomatiques et militaires mises en place pour lutter contre ce fléau.
Par contre, dès linstant ou les principes qui gouvernent notre vivre ensemble sont remis en cause, les avocats, acteur dune société démocratique, se doivent de faire entendre leur voix. Les discours qui ont suivi attentats de novembre derniers mettent en évidence que les risques auxquels est confronté notre société sont dune part la tentation nationaliste et dautre part la naissance dun désir dautoritarisme.
Nous vivons depuis le 13 novembre 2015 sous un régime dexception, celui de létat durgence. Sa mise en place, comme sa prolongation fut selon les enquêtes dopinion largement plébiscitée. Lutilité de ce régime dexception dans la lutte contre le terrorisme nest pas démontrée. Il ne faut pas oublier larsenal judiciaire anti-terroriste exorbitant dont nous disposons déjà, construit loi après loi, permettant les perquisitions de nuit pour enquêter, et, face à des personnes réellement suspectées, autorisant la mise en examen, le placement sous contrôle judiciaire et même en détention provisoire, par un juge indépendant, dès que sont réunis les indices de la préparation dun acte terroriste.
Les dramatiques événements qui servaient jusque-là lextension de ce droit pénal dérogatoire fondent aujourdhui de nouvelles privations de liberté. Toutefois, elles sont maintenant déconnectées de toute caractérisation dactes ou de projet terroriste pour se contenter de vagues comportements, de potentialités suspectes.
Pour la troisième fois en quatre ans nous allons modifier notre procédure pénale. Une fois de plus il est question de renforcer les pouvoirs des Parquets et déviter lintervention des magistrats du siège statutairement indépendants. Mettre à lécart le juge du siège, cest aussi sexonérer du principe du contradictoire et in fine mettre à néant les droits de la défense.
Le risque est grave car des évènements de nature exceptionnelle sont souvent utilisés pour justifier la construction dun droit dexception qui finit toujours par sappliquer à la délinquance ordinaire.
« Ce nest pas la Règle qui nous garde, cest nous qui gardons la Règle » (G. BERNANOS, Dialogue des Carmélites). Il est de notre devoir, dans lintérêt de la société, de défendre et sauvegarder les règles qui en sont le socle, celles de la présomption dinnocence, du droit à un procès équitable, du droit à un tribunal indépendant et impartial, du principe du contradictoire et des droits de la défense.
En ce sens, la démarche entreprise par Monsieur le Bâtonnier de Paris de voir inscrit dans la constitution le droit pour toute personne de bénéficier de lassistance dun avocat libre et indépendant pour assurer la défense de ses droits et libertés est intéressante.
Cest dans les situations les plus extrêmes que se mesure la valeur dun principe. Ainsi la présomption dinnocence nest daucune utilité quand linnocence est flagrante. Cest lappliquer à celui que tout accuse qui permet de légitimer la décision prise.
Cest de même dans les situations les plus extrêmes que le secret professionnel des avocats devrait être garanti. Or, nous assistons depuis la loi Perben II de 2004 au démantèlement méthodique de ce secret, qui est pourtant le ciment indispensable de la relation de confiance qui doit unir lavocat à son client.
Lorage cest également la crise des réfugiés à laquelle lEurope doit faire face. Vous avez annoncé Monsieur le Président EYDOUX une initiative que souhaite prendre le Conseil National des Barreaux visant à garantir la présence davocats formés dans chaque hospot afin dapporter à chaque réfugié lassistance et le conseil auquel il peut légitimement prétendre. Monsieur le Président de la Conférence des Bâtonniers avait évoqué avec nous une initiative similaire à son retour de la jungle de Calais.
Je vous redis à lun et lautre que les jeunes avocats sont à votre disposition pour vous accompagner dans cette démarche.
Lorage, ce fut aussi la crise de laide juridictionnelle qui a conduit lensemble du barreau français à un mouvement de grève unanimement suivi. Cest là aussi une question qui nous engage tous, qui ne concerne pas que les avocats, car elle détermine un choix de société.
Lidée du droit à être défendu et assisté quelle que soit sa situation de fortune est communément admise. Le problème est plus de savoir sur qui doit reposer la charge de cette politique de solidarité.
A lissue de cette mobilisation toute baisse de la rétribution des avocats a été abandonnée et le niveau de lunité de valeur réévalué. Les discussions se poursuivent actuellement quant à la modification du barème arrêtant le nombre dunité de valeur par procédure.
Bien évidemment ce nest pas LA réforme attendue par la profession. Pour autant, soyons pragmatique, et consolidons déjà ce que nous avons obtenus.
Si nous lavons obtenu cest grâce à la force des barreaux lorsquils ne parlent que dune seule voix. Il faudra nous en souvenir dans les prochains combats à venir.
Lidée dune taxation sur le chiffres daffaires des cabinets davocat ou sur les produits des CARPA (Caisse des Règlement Pécuniaire des avocats) pour abonder au budget de laide juridictionnelle nest pas venue de la Chancellerie. Elle a été suggérée par des avocats, pas par le Conseil National des Barreaux, mais par des avocats se présentant comme la voix de la profession. Ces mêmes avocats suggèrent aujourdhui la mise en place dinternat, de structures conventionnées ou de protocoles de défense. Trois vocables obscurs pour ne définir quune seule est même idée, laide juridictionnelle ne serait plus exercée que par certains avocats qui ninterviendraient quà ce titre contre une rémunération fixe.
Avec clarté et avec force je vous indique que nous ne laccepterons jamais et nhésiterons pas à nous y opposer par tout moyen. Cest là une question fondamentale car elle touche à lidée même que lon se fait de la solidarité. Il ny a pas à construire un système qui consacrerait dun côté une fonctionnarisation des avocats des pauvres et de lautre les avocats des riches. Chacun doit conserver le libre choix de son conseil, quelle que soit sa situation de fortune.
Lorage cest la crise économique qui népargne pas les avocats. Même si le revenu global de la profession davocat progresse les disparités ne cessent de saccroitre. Je nignore pas le désarroi de nombreux jeunes avocats, dont près de 30% quittent le barreau après quelques années.
Je nignore pas la situation de jeunes confrères, sans mutuelle santé, dont la conclusion de contrats de collaboration à temps partiels, destinées en réalité à échapper aux minima ordinaux, les conduits sous le seuil de pauvreté.
Ces situations ne sont pas marginales, cest notre échec à tous.
Bien que dramatiques, ces situations ne sont pas inéluctables, et nous voyons trois axes de réponse :
- Normatif tout dabord, nous proposerons au Conseil National des Barreaux une modifications des règles permettant de mieux encadrer les temps partiel en fixant dune part un seuil en deçà duquel on ne pourrait descendre et dautre part un montant de rétrocession minimale majoré permettant par exemple quà un mi-temps correspondent une rétrocession supérieure à un demi temps complet
- La mutualisation ensuite. Profitons de notre nombre pour offrir à tous des services auxquels seuls ils ne pourraient pas prétendre, en matière de santé et de prévoyance par exemple.
- Laccompagnement enfin. Il est faux de prétendre que nous sommes trop nombreux. La comparaison avec nos voisins européens nous montre le contraire. Simplement nous ninvestissons pas tous les champs des possibles. Les perspectives de développement sont énormes, suivant la matière ou le mode dexercice choisi. Les intervenants que nous avons entendus ce matin nous le confirment.
Lorage, ce fut enfin la CREPA, la caisse de prévoyance des personnels des avocats. Vous noterez au moment où jaborde ce dernier coup de tonnerre la gaité des sujets jusque-là énoncés. Cest dans ces conditions un défi, voire un suicide, de tenter de maintenir votre attention en abordant le sujet de la retraite du personnel de nos cabinets.
Il est pourtant curieux de voir que les deux institutions qui ont le plus dargent dans la profession, la CREPA (1 milliard deuros) et la CNBF (1,4 milliards) sont celles qui nous intéressent le moins.
Jai rencontré la Présidente de la CREPA au début de mon mandat, le déjeuner était beaucoup plus riche quà la CNBF
Pourtant ce repas mest resté sur lestomac, depuis un an.
Un article du canard enchainé de juillet dernier nous indiquait quà la CREPA :
- Bien que les fonctions dadministrateurs soient selon le code de la sécurité sociale bénévoles, certains percevaient de substantielles indemnités
- La politique de remboursements de frais étaient des plus généreuse
- La gestion du parc immobilier était confiée à la famille, et ce au bénéfice de la famille
Cet article donnerait lieu à des poursuites toujours en cours.
Cest dans ces conditions quau conseil dadministration de la CREPA du mois doctobre nous sollicitions et obtenions la démission des Présidents et Vice-Présidents et la mise en place dune administration provisoire. Jétais nommé administrateur provisoire.
Il nous a fallu 7 mois pour réinstaurer un climat de confiance entre les organisations syndicales de salariés et demployeur, pour rendre aux 60 salariés de la CREPA la fierté de travailler pour ce qui reste une très belle maison, et pour mettre fin aux errements du passé.
Ma mission sest achevée le 25 avril dernier. Nous avons obtenu :
- Quil soit mis fin au mandat de lensemble du conseil dadministration
- Le plafonnement du remboursement des frais et le renforcement de leur contrôle
- La résiliation de lensemble des conventions conclues avec la famille de certains administrateurs et rendu obligatoire la mise en concurrence avant chaque recours à un prestataire extérieur
- La suppression du versement de toute indemnité aux administrateurs
Rien de tout cela naurait été possible sans le concours des autres syndicats davocats.
Je veux ici rendre hommage à Monsieur Eric CHANCY, Directeur de la CREPA. La profession ignore tout de ce quelle lui doit. Dans lhypothèse dun désastre financier cest nous tous qui aurions dû combler les pertes.
Il nous reste maintenant à nous assurer que ce qui sest produit ne puisse plus se reproduire.
Mais je ne souhaite pas vous parler que dorage, ces quatre jours de congrès nont pas vocation à établir une litanie de jérémiades. Ce que je crois, cest que la grande transformation, du fait notamment de la révolution numérique, que traverse notre profession nous laisse enfin entrevoir une lueur despoir.
Nous avions à cette séance douverture invité tant le Ministre de léconomie que le Garde des Sceaux. Après de longues discussions ceux-ci nont finalement pu venir. Monsieur MACRON est en marche et Monsieur le Ministre de la Justice est retenu par le débat parlementaire « Justice du XXIème siècle » qui sest poursuivi jusque tard dans la nuit.
En réalité, ce nest pas grave, nous aurons dautres occasions de nous rencontrer. Mais surtout cette grande transformation de la profession ne dépend pas des pouvoirs publics, cest à nous de prendre notre destin en main. Cest là que se situe la contre-attaque de la robe.
Pour cela, il nous faudrait peut-être commencer par accepter le monde tel quil, et non tel que lon voudrait quil soit. « Le courage cest daller vers lidéal et de comprendre le réel » (Jean JAURES, Discours à la jeunesse, 1903)
La profession davocat est soumise à la Directive services depuis 2006. Nous avons longtemps résisté au principe de libre concurrence au sein du marché qui pourtant simpose à nous.
Les barrières que nous avions établies ont peu à peu, logiquement cédées. Chacun savait quelles ne résisteraient pas à un recours contentieux. Lexemple le plus criant est sans doute celui de la publicité des avocats. Encore une fois, on peut considérer que cette pratique qui nentre pas dans notre culture nest pas adaptée à limage que lon se fait de la profession davocat, mais lon doit admettre que réglementairement elle simpose. Sy opposer était inutile et démagogique.
Cest faire preuve de la même démagogie que de vouloir instaurer un numerus clausus à la profession davocat. Une telle disposition serait contraire à la directive services, ce que nul nignore, linstaurer serait donc impossible, à moins de convaincre lensemble des pays de lUnion de sortir la profession davocat de cette directive, ce qui est illusoire.
Certaines barrières subsistent, et le drame, cest quau lieu de nous protéger elles nous entravent. Nous sommes nous-mêmes responsable du succès de nos concurrents, car ce que nous nous interdisons de faire ne vaut que pour nous.
A titre dexemple, comment comprendre, alors quil est évident que la prestation de droit en ligne nest plus un projet de demain mais un besoin daujourdhui, que nous soyons toujours astreints à une obligation de rencontrer physiquement nos clients. Cette règle nexiste que pour nous et non pour nos concurrents. Elle ne répond pas à une nécessité de sécurité dès lors quexistent des procédés didentification numérique plus sures que la rencontre physique.
La réalité, cest quaujourdhui 60% des gens qui ont un problème juridique nont pas recours à un avocat. Un territoire immense souvre à nous, à nous de linvestir. Pour le conquérir, lerreur serait dédicter des règles pour nous rendre obligatoire. Nous navons quà démontrer que nous sommes indispensables.
Non, je ne vous propose pas un rêve décevant, je ne vous propose pas non plus un rêve affaiblissant.
Je ne tiens pas là un discours prospectif ou visionnaire, je vous parle daujourdhui. Le territoire numérique est ouvert, à nous de prendre notre place. La nature ayant horreur du vide cet espace sera occupé, la seule question qui se pose et de savoir si nous loccuperons.
Ce nest pas une mode mais une tendance lourde. Le projet « Justice du XXIème siècle » en est une illustration, ce quil concrétise en fait cest un vaste mouvement de déjudiciarisation. Quelle que soit notre activité, le travail de lavocat sera désormais majoritairement en dehors du Tribunal.
Nous avons entendu ce matin nos confrères Frédéric MOREAS et Jérome CELIE. Ils sont porteurs dun formidable espoir pour les jeunes avocats. Ce quils nous disent, ce quils démontrent, cest que la grande transformation de la profession davocat peut être portée par la profession davocat.
Mais surtout, et cest peut-être le plus important, ce quils illustrent, ce que les activités le plus traditionnelles de lavocat que sont le droit civil, le droit de la responsabilité, le droit de la famille ou le droit pénal, ne sont pas morts, bien au contraire.
On nous a vendu, pendant des années, que pour pouvoir réussir dans ce métier, il fallait nécessairement être trilingue, cumuler deux ou trois cursus, avoir vécu à létranger, et bien entendu se consacrer à une activité de niche, si possible à connotation financière. Bref, être une vraie tête à claque.
Cela nest pas vrai. Le cumul de formation ou lhyperspécialisation, sont certes loin dêtre un handicap, mais ils ne sont pas indispensables. Nos confrères croulent sous les demandes dans des domaines les plus traditionnels. Cet afflux dactivité nest pas le fruit dun détournement de clientèle dautres cabinets vers le leur, cest majoritairement une réponse à une demande nouvelle. Ce sont des personnes qui faisaient parties de 60% ayant un problème juridique nayant jamais recours à un avocat qui rejoignent leurs cabinets, leurs agences, leurs sites internet.
La grande transformation de la profession davocat ce nest pas un changement de matière, mais de façon dexercer. Nous navons pas un problème de compétence, il nous faut simplement adapter notre offre de service. Ce qui nous est demandé, ce nest pas tant un investissement financier que de faire preuve daudace et dimagination, et en cela cest une opportunité formidable pour les jeunes avocats.
Il nest pas question de perdre notre âme. Les Professeurs ASSIER-ANDRIEU et GSELL nous le confirment, les principes déontologiques qui gouvernent notre profession ne sont nullement remis en cause. Nous exercerons toujours demain nos fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité.
Le génie de la profession davocat, cest quà défaut danticiper lhistoire, elle a toujours su parfaitement lépouser. Alors que le rayon daction dun avocat était traditionnellement de quelques dizaines de kilomètre, un nouveau territoire soffre à nous, sans limite, sans frontière, je ne doute pas que nous saurons linvestir.
Alors que faire demain ? Que vais-je faire demain
Peut-être je ne serai plus avocat. Mais le problème ce que je nai pas 15 dancienneté et quen létat de notre régime de retraire je perdrai le bénéfice de mes années de cotisation le seuil de calcul de la pension CNBF étant en létat fixé à 15 ans.
Vous laurez compris, le dernier sujet que je souhaite brièvement évoquer avec vous avant de tirer ma révérence est celui de notre régime de retraite.
L’évolution de la profession tend à démontrer que de nombreux jeunes avocats verront leur carrière évoluer, tantôt dans le Barreau, tantôt à l’extérieur. En ce sens, cette règle des 15 ans n’est plus adaptée. Vous en aviez convenu lors de notre déjeuner Monsieur le Président BOUCHERON et vous étiez engagé à modifier cette règle. Cest je crois chose faite puisque vous avez récemment indiqué que ce seuil serait supprimé à compter de 2017.
Dautres difficultés subsistent. Si la FNUJA est viscéralement attachée à la solidarité quelle considère comme la plus belle expression de la confraternité, elle lest aussi à léquité, ce qui suppose une juste répartition entre tous des profits comme des pertes.
Lorsquun régime complémentaire a été mis en place, pour attirer les confrères à y souscrire des points on, été distribués gratuitement, puis dans un second temps à 50% de leur valeur. Aujourdhui, 20 % des points servis au titre du régime complémentaire et optionnel ont été attribués gratuitement et 37 % des points en service lont été attribués pour 50 % de la valeur du taux dappel. Il sagit dautant de « cadeaux » et de dettes mis désormais à la charge des actifs. Ces atteintes au principe de solidarité nest pour nous pas acceptable.
Le cumul emploi retraite sans limitation de durée ni de ressources pose également difficulté. Il nest pas question de remettre en cause ce principe mais simplement de ladapter. La situation actuelle est choquante car les retraités actifs sont ceux qui ces dernières années ont connus la plus forte hausse de leur revenu. On aurait pu à la rigueur acceptrt un maintien de leur revenu, mais pas une telle augmentation. Cette question ne relève pas de la compétence de la CNBF, mais il devrait être de son rôle de porter auprès de lEtat la nécessité dune réforme sur ce point.
Enfin la CNBF, comme la CREPA, a été créée par la profession davocat, elle na de raison dêtre que si elle est utile à la profession davocat. Nous avons aujourdhui un problème immobilier. Le Conseil National des Barreaux, la Conférence des Bâtonniers, lANAAFA, lUNCA, la CREPA et la CNBF sont éparpillés dans Paris. Ne pourrait-on pas imaginer de les regrouper en un seul et même immeuble ce qui nous permettrait de réaliser de substantielles économies. Toutes ces institutions vivent des cotisations de nos confrères, la mutualisation à réaliser, en créant cette Maison des Avocats de France, est à leur bénéfice.
Monsieur le Président BOUCHERON je vous ai écrit en qualité de Président de la CREPA pour vous proposer que nous achetions cet immeuble et le proposions à la location aux autres institutions de la profession. Nous avons lun et lautre la responsabilité de provisionner les retraites à servir pour un montant global de 2,4 milliards deuros. Lacquisition immobilière fait partie des placements normaux de toute caisse de retraite. Lorsquune telle acquisition peut in fine profiter à nos cotisants, plus quune vocation cest un devoir.
A la fin de lannée auront lieu des élections à la CNBF. La FNUJA envisage de se présenter, ce nest pas une déclaration de guerre mais une nécessité démocratique. Alors que la moitié de la profession à moins de 40 ans, aucun avocat de moins de 40 ans ne siège à la CNBF.
Vous connaissez les questions que nous entendons soulever pendant cette campagne. Libre à vous dy répondre favorablement et de rendre notre candidature inutile.
Il est de tradition à la FNUJA, que le Président sortant achève son discours par des longs, émouvants et larmoyants adieux. En entendant mes prédécesseurs, jai souvent eu de mal à comprendre lintensité de lémotion dont ils étaient saisis. Quels adieux, alors que nous nallons que nous voir ces quatre jours à venir et nous retrouverons épisodiquement tout au long de lannée.
Aujourdhui, javoue mieux la comprendre car jen suis moi-même saisi. La réalité, cest quen achevant ce mandat, ce sont les dernières étincelles de jeunesse qui séteignent.
Nos règles sont sévères mais elles sont justes. Le mandat de président est un mandat unique et celui qui la exercé doit cesser à son terme toute activité au sein du syndicat. Je my astreindrai.
Je passerai de temps à autre vous voir pour me faire applaudir, une autre de nos traditions
Je ne participerai pas à vos débats tout en espérant quon me le demande, et jespère que je naurai pas lhumaine faiblesse de penser que cétait mieux avant.
Jai vécu ces derniers temps au rythme de nos rencontres, maintenant quelles sachèvent je suis nécessairement saisi dune peur du vide. Jai tenté de faire de mon mieux, tout en étant conscient que lon aurait pu faire mieux.
Il y a eu des moments difficiles, que jai pu traverser grâce à vous.
Je veux remercier Elsa
