Décryptage
« Les avocats continueront à bénéficier, dans le cadre du régime universel de retraite, dune caisse de retraite propre à leur profession.
La Caisse Nationale des Barreaux Français (CNBF continuera dexercer après 2025 avec sa gouvernance actuelle).
En application de larticle 54 de lavant-projet de loi, la CNBF pourra gérer, par délégation de gestion du régime universel, les dossiers de retraite des avocats concernés par le régime universel comme ceux des avocats non concernés par la réforme, à savoir les avocats nés avant 1975.
La CNBF pourra ainsi continuer dêtre le guichet unique de la profession sur le domaine de la retraite »
Cest ni plus ni moins que ce qui figure en page 99 du rapport DELEVOYE
Le régime de base égalitaire et solidaire ainsi que le régime complémentaire, qui propose un rendement bien meilleur que le futur régime universel, disparaitraient. La CNBF deviendrait à terme une coquille vide qui serait chargée par délégation de gérer le régime universel.
Madame la Ministre, ce nest pas une nouvelle proposition
« Au-delà des régimes dinvalidité et de prévoyance, la CNBF pourra mettre en uvre des dispositifs de solidarité entre les avocats dans le domaine de la retraite des avocats.
Le 3 de larticle 21 de lavant-projet de loi rend possible la mise en place dun dispositif de solidarité interne entre les hauts et les bas revenus en permettant notamment une prise en charge partielle de cotisation par un tiers et de garantir un minimum de pension à un niveau équivalent à celui qui existe dans le système actuel ».
Sagissant du régime invalidité-décès de la CNBF, il ne sagit pas dune question de retraite mais dune question de prévoyance qui nest donc pas concerné par la réforme… Madame la Ministre, vous êtes hors sujet !
Sagissant du « dispositif de solidarité interne », rien de réaliste na pour linstant été proposé en dehors de lidée vague de redistribution des hauts vers les bas revenus et la prise en charge partielle de cotisation par un tiers. Mais lequel ?
Le financement de la solidarité est rendu possible dans le régime de base actuel des avocats par le fait que la cotisation sassoit sur les revenus jusquà 291.712 alors que le régime universel fixe un plafond à 40.524 pour la cotisation « normale » de 28,12% et un plafond de 121.572 pour la cotisation « réduite » de 12,94 au-delà duquel subsiste une cotisation totalement symbolique de 2,81%.
Ces plafonds du régime universel ne permettent pas de financer un « dispositif de solidarité interne » qui garantirait la retraite de base minimale actuelle.
« La CNBF conservera également la gestion, au profit des avocats, des réserves constituées par le régime actuel comme sy est engagé le Premier ministre le 11 décembre dernier ».
Cest pourtant exactement linverse qui figure dans le projet de loi dans son article 56 VI 3° qui prévoit quune ordonnance à intervenir fixera « Les conditions et échéances dans lesquelles sont transférés lensemble des biens, droits et obligations, les créances et les dettes ainsi que les titres patrimoniaux des caisses et institutions ainsi intégrés. ».
Surtout, les réserves qui sont des cotisations déjà payées et constituent des provisions sur prestations futures ne peuvent avoir pour seule utilité que le paiement de pensions de retraite
« Nous sommes également disposés à examiner avec vous les incidences concrètes de la réforme pour nous assurer quelle naura pas dimpact négatif pour les avocats et leurs cabinets »
Il est plus que regrettable que lexamen des « incidences concrètes de la réforme » nait fait lobjet daucune évaluation préalable sous la forme dune étude dimpact pour servir de base de discussion depuis près de deux ans de semblant de « concertation ».
Cela est très inquiétant quant à la viabilité économique et financière du projet de réforme.
Le gouvernement peut-il nous expliquer comment il entend financer une augmentation progressive des taux de cotisation sans perte corrélative des droits à retraite dans le nouveau régime universel sur la période de transition, sauf à passer brutalement en 2025 dun taux moyen de 14% à un taux de 28,12%, actant de la mort économique de nombreux cabinets, la moitié de la profession davocat ayant des revenus sur lesquels la cotisation de 28,12% sappliquerait dans leur intégralité
« Nous avons déjà eu loccasion de vous présenter des simulations pour les avocats qui perçoivent le revenu médian de la profession, soit environ 40 000 euros. Ces simulations montrent que les avocats pourraient bénéficier dans le régime universel dune pension annuelle supérieure de 20% à ce quils perçoivent actuellement, ce que semble confirmer votre contre-expertise ».
Et revoilà François
Il sagit dune unique simulation sur un cas particulier qui ne se retrouve pas dans la réalité. Il ny a pas eu dautre simulation présentée par le gouvernement, notamment sur les tranches inférieures.
Tout laisse à penser que pour les avocats aux revenus les plus modestes, la réforme aura pour conséquence une augmentation insupportable des cotisations associée à une diminution des droits à retraite.
Enfin, il nest plus question de présenter une réforme de lassiette de la CSG/CRDS comme une mesure de « compensation ». Aucune surprise. Dabord, ce ne serait que la fin dune discrimination à la légalité douteuse par rapport à lassiette appliquée pour les salariés. Ensuite, cette prétendue compensation apparaît hasardeuse techniquement et encore plus politiquement.
Les avocats sont plus que légitimes à douter de la loyauté du gouvernement qui na fait figurer cette mesure dans aucun des textes récemment présentés (en ce compris la loi de financement de la sécurité sociale et la loi de finance) et a largement démontré son incapacité à financer et donc à mettre en uvre ses promesses
Madame la Ministre, arrêtez de nous prendre pour des imbéciles !
