Le collectif Justice des enfants
Paris, le 8 juin 2022
Lettre ouverte aux candidat-e-s aux élections législatives 2022
Madame, Monsieur,
Notre collectif « Justice des enfants » qui réunit les signataires de la présente, créé il y a plusieurs années déjà, alerte régulièrement les pouvoirs publics sur la situation en France des enfants.
Vous êtes candidat-e aux élections législatives qui se tiendront les 12 et 19 juin prochains.
Il est donc naturel quil sadresse à vous aujourdhui.
Les professionnel-le-s du secteur de lenfance (éducation, prévention et protection de lenfance, justice, etc.) constatent malheureusement labsence quasi totale de cette question dans le débat public et le peu de propositions avancées à loccasion des campagnes électorales qui se succèdent, comme si le sort des enfants laissait notre société indifférente.
Pourtant, comment ne pas avoir conscience des difficultés criantes que rencontrent les enfants, leurs familles et les professionnel-le-s qui les accompagnent au quotidien ?
En France, la situation des enfants et des adolescent-e-s en difficulté est alarmante.
Les classes sont bondées, dautres ferment ; les services de prévention ont quasiment disparu ; beaucoup de tribunaux pour enfants sont engorgés ; les services de laide sociale à lenfance et la plupart de ceux de la protection judiciaire de la jeunesse sont dans lincapacité de répondre à lensemble des demandes et des mesures qui sont ordonnées ; la présence systématique dun avocat aux côtés de lenfant nest pas garantie malgré les principes posés par la Convention internationale des droits de lenfant.
Lalerte concerne d’autres services publics tels les services sociaux qui uvrent en faveur des élèves et déplorent que les moyens manquent cruellement pour accompagner familles et élèves.
Ces situations exposent les enfants et adolescent-e-s à des situations familiales compliquées, parfois dangereuses, susceptibles de porter gravement atteinte à leur éducation, à leur santé, à leurs droits.
Il y a donc urgence !
Urgence à ce que des mesures concrètes soient prises.
Urgence à ce que des moyens nécessaires pour lavenir des générations futures soient engagés.
Cest pourquoi, il est aujourdhui impératif que les questions de lenfance, et particulièrement celle de lenfance en danger, soit au cur des préoccupations des élus de la Nation, et donc au cur du débat public à venir.
Nous ne pouvons plus attendre et laisser cette situation saggraver.
Il est indispensable que lEtat et lensemble de ses institutions, portent un véritable projet de société en faveur dune politique de lenfance ambitieuse, dans lintérêt des citoyennes et citoyens que vous pourriez être amené-e à représenter.
Les départements ne doivent plus être laissés seuls face aux missions de protection de lenfance. Les disparités de prise en charge et daccueil dun territoire à un autre doivent cesser.
Si la loi relative à la protection des enfants votée en février 2022 contient quelques avancées, elle reste bien en deçà des enjeux et des attentes des professionnel-le-s, notamment concernant laccompagnement des jeunes majeur-e-s et des jeunes isolé-e-s étranger-ère-s. En fin de compte, elle ne traite aucunement la difficulté principale de la prévention et de la protection de lenfance, à savoir son manque de moyens. L’engagement doit être pris de mettre en place de véritables politiques publiques orientées pour répondre aux besoins des enfants et de leurs familles, misant sur le choix de léducatif et dun accompagnement social.
Le code de la justice pénale des mineur-e-s, entré en vigueur le 30 septembre 2021, est lexpression de politiques répressives et sécuritaires mises en place à lencontre dune partie de la jeunesse, pourtant la plus en difficulté, alors que léducatif devrait être au centre des préoccupations des pouvoirs publics. Lacte fautif est plus important que la situation de lenfant qui la commis, occultant le fait quun enfant qui commet un acte de délinquance est aussi un enfant en danger. Le temps éducatif est contraint dans des délais procéduraux trop courts.
Il est essentiel dinitier la rédaction dun code prenant en compte les aspects civils et pénaux de la justice des enfants en réaffirmant les grands principes qui la fondent, notamment celui de la spécialisation de tous les acteurs et actrices ou encore celui de la primauté de léducatif sur le répressif.
Il nest pas trop tard pour agir !
Pour nous, cela passe par :
- Un dispositif législatif efficient, accompagné de moyens humains pour le mettre en uvre, avec une reconnaissance et une valorisation des tous les métiers du social ;
- Le redéploiement des budgets conséquents actuellement massivement dédiés aux structures d’enfermement au profit des structures éducatives de milieu ouvert, dinsertion, dhébergement et leur augmentation , ainsi que larrêt immédiat de louverture de nouveaux centres fermés ;
- La fin des politiques de mise en concurrence entre les associations habilitées en matière civile comme pénale et l’abandon des “contrats à impact social” qui installent une logique de rentabilité dans le champ du social ;
- La réintroduction de la compétence civile/pénale des services de la Protection judiciaire de la jeunesse ;
- La mise en uvre d’un code de l’Enfance, incluant le civil et le pénal pour une justice des enfants protectrice, éducative, humaniste et émancipatrice.
Il nous paraît ainsi primordial que, dans les choix politiques que vous opérerez si vous êtes élu-e, vous puissiez vous positionner sur lensemble de ces mesures.
Notre collectif se tient à votre disposition pour vous rencontrer et engager tout échange permettant dapprofondir ces questions.
Ensemble, faisons le choix d’un autre avenir avec une politique en faveur de lenfance effective et digne de ce nom, remettant au centre des préoccupations lintérêt supérieur de lenfant.
Nos enfants le méritent.
Organisations signataires :
– Barreau de Paris
– Barreau de Seine-Saint-Denis
– Confédération générale du travail (CGT)
– Conseil national des barreaux
– Fédération nationale des unions de jeunes avocats (FNUJA)
– Fédération Sud collectivités territoriales
– Fédération syndicale unitaire (FSU)
– Syndicat national unitaire des assistants sociaux de la fonction publique (SNUASFP FSU)
– Fédération syndicale unitaire territoriale
– Ligue des droits de lHomme (LDH)
– Syndicat des avocats de France (Saf)
– Syndicat de la magistrature
– Syndicat national des personnels de l’éducation et du social à la protection judiciaire de la jeunesse (SNPES-PJJ/FSU)
– Union syndicale Solidaires
