Certains dentre vous reconnaissent peut-être ces mots.
Jy reviendrai.
Le moment est venu pour moi de vous présenter ma candidature à la Première Vice-Présidence de la FNUJA.
Pour celles et ceux qui ne le savent pas encore, cet exercice – ô combien unique – consiste à révéler au public ce qui relève de lintime.
Un rite cathartique pour Simon Warynski, un dossier difficile à plaider pour Catheline Modat, une mise à nu pour Jean-Baptiste Blanc, un devoir pour Aminata Niakaté, une dissection / une autopsie pour Alexandra Boisramé, une soumission pour Emilie Chandler et Roland Rodriguez, une introspection voire une confession pour Matthieu Dulucq, un dévoilement pour Anne-Lise Lebreton.
Autant de termes pour décrire ce que jai choisi dappeler un aveu. Un aveu car je me dois aujourdhui de vous livrer un récit de vérité.
Hier jai dû me rendre à un mariage. Je ne vous cache pas que faire 11h de voiture en moins de 48h cela laisse le temps de penser à son discours.
Une fois nest pas coutume, commençons par la fin.
Nous sommes le 12 juin 2021.
Je suis avocat au Barreau de Paris. Jai la chance de partager une association avec un martiniquo-corse qui est devenu grâce à lUJA lun de mes meilleurs amis. Au 37 Avenue Victor Hugo à Paris, le quotidien est rythmé par les recours en excès de pouvoir, les jeux avec Pégase mon labrador, les dégustations de jambons et fromages corses et les zouks antillais, le tout parfois dans un nuage de fumée cubain.
Jaime la fête. Et jaime les bonnes tables, les belles adresses.
« Bling bling » et prétentieux pour les uns, homme de goût et épicurien pour les autres. Cest là mon premier aveu.
Après des études de droit public à La Sorbonne et à Assas, et un diplôme daffaires publiques à Paris-Dauphine, jexerce pendant deux ans la mission de consultant pour le Directeur des Libertés Publiques et Affaires Juridiques (DLPAJ) désormais bien connu de la FNUJA, Monsieur Thomas Andrieu.
Ma mission se résumait en deux tâches : le conseil juridique aux différents services du Ministère, et la défense contentieuse de lÉtat. Jy ai appris les codes, les qualités et les défauts de ladministration centrale, jy ai également appris à plaider.
Dieudonné, Léonarda, les requins de la Réunion, les drones, le découpage cantonal, Silhem Souid, les zadistes de Sivens, Charlie Hebdo. Quand certains de ces mots donnent lieu à débat, dautres appellent à lhorreur, à la peur et aux larmes. En tant quécrits au marqueur noir sur du papier cartonné vert, ces mots renvoient également à mon quotidien, au quotidien dagents du ministère de lIntérieur, et plus particulièrement à sa DLPAJ.
Lancienne sous-directrice, Pascale Léglise, a été pour moi un modèle de dévouement et de bienveillance. Elle qui, enfin, et contre une vieille tradition républicaine visant à noffrir ce poste quà des membre du conseil dÉtat, est devenue depuis 15 jours la nouvelle DLPAJ. Pascale, vous pouvez en avoir la certitude, nous serons amenés à nous revoir.
Après ces deux années dexpérience extraordinaire, je dois vous avouer que je suis entré à lécole davocats un peu par défaut. Cest là mon deuxième aveu.
Je préparais les concours de la haute fonction publique. Les écrits du CRFPA tombant avant ceux des concours administratifs, je métais inscrit aux premiers pour me forcer à préparer les épreuves juridiques des seconds.
A cet instant deux interprétations soffrent à vous :
- celle selon laquelle la révélation de lavocature meut été miraculeusement ordonnée à loccasion dune rêverie par les fantômes de Léon Duguit et Maurice Hauriou, menjoignant de prendre la robe ;
- ou celle selon laquelle jai échoué à tous les concours à part celui du barreau.
Arrivé à lEFB en 2015, je suis admis à lInstitut de Droit Public des Affaires (IDPA) une sorte décole dans lécole destiné aux élèves avocats publicistes – et je deviens Président de lassociation de lIDPA. Jy rencontre des noms qui me deviendront familiers : Christophe Farineau, Nicolas Keravel, et tant dautres.
Après six mois de stage au sein du cabinet Lefèvre Pelletier & Associés, sous la bonne aile dOlivier Ortega, je prête serment devant la cour dappel de Paris le 17 novembre 2016.
Jentre à lUJA de Paris et débute mon premier mandat au sein de sa Commission Permanente (la fameuse « CP ») sous la présidence de Laëtitia Marchand. Laëtitia, « Mamounette », après notre dernière querelle il y a presque un an, je tai écrit que quoi que lon dise, quoi que lon fasse, le temps reste et restera le meilleur ami de lHomme. Aujourdhui je me rends compte que je me suis trompé en ce qui nous concerne. Car ce qui a eu raison de notre différend et qui a sauvé notre amitié, cest dabord ta sensibilité et ta sincérité.
En 2017, je participe à mes premières « CP » et à mes premiers « Comités Fédé ». Je ne comprends pas grand-chose, mais je découvre les débats, jy vis la sémantique, léloquence, parfois un peu de sophisme, mais toujours dans le respect dun principe phare : celui de la démocratie.
Au cours de ma première année de CP, je créé la Commission Droit Public de lUJA de Paris. Que de chemin parcouru en 4 ans pour cette commission. En 2016, avec Thomas Charat, jai rencontré un publiciste esseulé, affamé, prostré dans lombre des pénalistes et civilistes qui régnaient en maîtres sur lUJA de Paris.
Aujourdhui, quand on parle des publicistes de la CP, on parle dinvasion, de complot, voire de mafia. Il paraîtrait même quils ont ouvert la voie à un fiscaliste
Observatrice silencieuse, à loccasion dun déjeuner en tête à tête, Aminata me demande en avril 2018 de la rejoindre au sein du Bureau de la FNUJA en qualité de Membre du Bureau Paris.
Bien entendu, jaccepte avec enthousiasme et fierté.
Le 10 mai 2018 jarrive donc au Congrès de Bayonne. En débarquant, jeune syndicaliste fringuant de 29 ans, à une soirée « #Sunset #Mojitos », sur le rooftop des Baigneuses à Biarritz ma première rencontre FNUJA était écrite. Un être souriant, accueillant, bienveillant, je lavoue, parfois un peu charmeur, mais toujours délicat et attentionné.
Roland (Rodriguez), si pour chacun de nous la FNUJA a un visage, pour moi, elle en a le tiens.
Le lendemain avait lieu la soirée Féria
Les anciens combattants se joindront à mon témoignage. Sur le sable brulant des Arènes de Bayonne, après la joie et la fête, vint lembuscade. Ce fut une hécatombe. Au brunch du lendemain, se multipliaient les récits héroïques des soldats tombés la veille au champ dhonneur, devant nombre dyeux ronds et de traditionnels « mais nan ».
Je retiens enfin de ce Congrès une longue discussion avec Stéphane Lallement, lors du gala au casino de Biarritz. Après mon aveu de ne rien savoir de qui est qui, qui est doû, et qui fait quoi, Stéphane a pris le temps de me présenter et mencourager.
Cette année au Bureau de la FNUJA a été intense et riche de rencontres.
En bon soldat de notre dynamique Présidente Aminata Niakaté, jai parcouru la France au fil des Comités décentralisés, apprenant de la vie du Bureau, des jeux et enjeux, des forces et des équilibres de notre profession.
Un souvenir de nos travaux : une de mes rares vraies nocturnes, à rédiger pour la FNUJA le recours porte étroite devant le Conseil constitutionnel contre le projet de loi justice. Quelle satisfaction de voir le projet censuré à de nombreux égards. Je ne sais si notre voix a porté, mais ce qui est certains, cest que nous ne sommes pas restés muets.
Javais alors la certitude que la vie au bureau de la Fédé continuerait son cours, sous une présidence que jattendais avec hâte, celle de Jean-Baptiste (Blanc).
Le destin (entendez lUJA de Paris) en a décidé autrement : jai été appelé à sa Première Vice-Présidence.
Le samedi 1er juin 2019, lors de la soirée de Gala organisé dans la grande salle du Pavillon Gabriel à Paris, jai pris conscience que je quittais une famille qui venait à peine de madopter.
Ce fut une véritable douleur pour moi.
Celles des frustrations dont on se sait le seul responsable.
Cette douleur des choix quon assume, mais dont le poids est écrasant.
Mon année de Première Vice-Présidence à lUJA de Paris a été marquée par les travaux de fond, la mobilisation contre la réforme des retraites, et évidemment la protection de nos consurs et confrères face à la crise sanitaire.
Puis vint lannée de Présidence. Une éternité, une vie dans un claquement de doigts.
Ma Chère, Très Chère UJA de Paris. Ce nest ni mon discours de sortie, ni lheure du bilan. Tu sais que nous avons encore des choses à nous dire. Mais permets-moi juste cette politesse, puisque vous êtes descendus si nombreux :
« Chers Présidents dHonneur,
Chers Invités Permanents,
Chers Membres élus » :
vous mavez offert une année que je noublierai jamais.
Je ne toublierai jamais, et cest bien la raison pour laquelle je te dois la vérité. Le masque doit tomber. Je ne tai pas menti, mais je pense que tu as pu te tromper.
Tu me crois peut-être né à Paris, et fils davocats. Jimagine même que tu me crois amateur dIPA et de la nouvelle scène, afficionado du festival Rock en Seine et allant chaque année à Rolland Garros ou comme tu le dis si bien « à Rolland » ou « à RG ». Pire encore, jimagine que tu peux me croire supporter du PSG.
Chère UJA de Paris, je ne tai pas tout dit.
Ma terre, cest la province. Ma veine et mon sang, cest la Picardie.
Dans le bus qui les mène de la ville de Saint-Quentin au village de Lehaucourt, Christine rencontre Frédéric. Il est un peu dragueur, peu crédible aux yeux des autres, mais quimporte, elle tombe amoureuse. Et elle a raison, car lui-même sattache à elle. Il finit son STAPS et elle, en bonne fille ainée, élève ses 4 frères et surs.
Quand elle annonce à sa mère quelle pense arrêter ce rôle de nourrisse pour se consacrer à elle, à lui, la réponse devient sentence. Elle quitte, peut-être forcée, le foyer familial. Mais quimporte elle laime.
Elle trouve in extremis cet emploi de vendeuse de costumes. Sa clientèle est naturellement aisée, et à cet instant elle est loin de penser quun de ses fils en portera tous les jours.
Elle a réussi avec Frédéric à meubler un petit appartement de Saint-Quentin. La vanité de se dire quelle vit en ville lemporte sur une probable honte des déjeuners quelle ne peut soffrir.
Et lamour se transforme en grossesse.
Baptiste. Il na à peine un an quelle lui apprend une maladie du sang. Là encore la sentence tombe : les médecins sont catégoriques : il va mourir, comme tous les enfants qui lui succéderaient.
Pour Christine et Frédéric il ny a guère dalternative : il faut le meilleur pour Baptiste, il faut Paris. Les semaines dhospitalisation se succèdent à lhôpital Saint Louis. Rapidement les nuits dhôtels deviennent un souvenir, et Frédéric veillent le jour dans la chambre de Baptiste, et passe la nuit caché dans la buanderie de lhôpital, préservé par le secret des infirmières.
Jusquà la fin. La fin dun premier enfant. La fin dun espoir de constituer une famille.
Mais aujourdhui on le sait plus que jamais. Les médecins disent tout et son contraire. Et cest par la bonhommie dun hématologiste dallure marginale quelle apprend que : « Mais non ! Nimporte quoi ! Faîtes des enfants ! »
Naîtra dans lannée Clément, enfant de lespoir, puis – vingt mois plus tard – Simon, et enfin, Marie.
Simon, Baptiste de mon deuxième prénom. Cela a le mérite de me rappeler à la chance que mon grand frère na pas eu.
Lenfant du milieu. Le cadet. A la fois enfant daprès et davant, la fleur du milieu, jamais suffisamment arrosée.
Ce qui marque, ce sont les extrémités. Lavantage dêtre au milieu, cest quon est moins regardé, moins jugé. Linconvénient cest que lon traine toute sa vie, au pire une faille égocentrique, au mieux un sentiment de solitude.
Et la différence de la solitude de celui du milieu à celle du fils unique, cest la transformation du sentiment de solitude en celui dabandon.
Protégé par lainé du regard des uns, privé par la benjamine de lattention des autres.
Aujourdhui je porte encore ces masques de labandon et de linjustice.
Un enfant curieux : « il y a quoi après lespace ? »
Un enfant ambitieux : « plus tard jaurai un château. »
Un enfant courageux : « laisse le tranquille. »
De mes 5 à mes 30 ans jai joué au volley, poussé par un père autant passionné quexigeant. De la sélection départementale de lAisne, au centre de formation en aspirant Pro B, 25 ans de performance et de compétition.
Jai toujours tenu la barre.
De mes années de collège à mes premiers pas dans la profession, je tenais sur ce point déquilibre, au milieu encore, dun triangle prétendument dincompatibilité entre lamusement, la performance sportive et la réussite scolaire puis professionnelle.
Naturellement il y a eu des échecs et des déceptions que parfois jai mis du temps à accepter.
Mais cet équilibre a tenu.
Il a tenu jusquà ce quun quatrième axe vienne le bouleverser : lamour. Celui qui ma fait dire « Si un jour je deviens quelquun de bien, je pourrais commencer à mimaginer avec elle ».
Ce bouleversement a été déterminant dans ma vie. Il ma permis darrêter de croire quil suffisait de se penser bon pour lêtre.
Aujourdhui, je ne sais pas si je suis quelquun de bien, mais ce qui est sûr, cest quelle, elle le croit.
Et rien que ça, rien que de savoir que celle qui compte le plus pour moi me croit quelquun de bien, me donne la force de lêtre.
Voilà, vous savez désormais presque de tout de moi. Presque non pas car jen ai gardé secret, mais car je nai pas la prétention de penser que je me connais.
Pour finir, je me remémore des mots échangés avec Stella et Alizée, deux représentantes des élèves avocats : « On a envie de parler mais on nose pas. »
Je sais que pour certains dentre vous, cest votre première année à lUJA et à la FNUJA, que cest votre premier Congrès. Cest à vous que je veux adresser mes derniers mots :
ne vous interdisez jamais une prise de parole,
nayez jamais honte de ne pas comprendre,
nayez jamais honte de penser différemment et, surtout, surtout,
nayez jamais honte de le dire.
Le principal défaut de notre union et de nos combats, cest nous-même. Cest nos dogmes, cest la poussière sur les uvres de ceux qui nous ont précédé.
Une règle, une tradition, une pratique doit toujours être dépoussiérée pour être comprise, sinon elle soublie.
Romain Carayol le disait avant moi dans son discours de Présidence : « Il ny a rien de pire quune doctrine qui devient dogmatique au point de renfermer la théorie sur elle-même pour, au final, la pétrifier. »
Cette faculté de remettre en cause, cest notre humilité de ne rien considérer comme acquis, cest le fruit de notre audace, cest le sel de notre impertinence.
Cette faculté séloigne avec les années, et cela est bien naturel.
Alors vous qui vivez votre première année dengagement à lUJA et à la FNUJA, vous nassistez pas à un Congrès, vous y participez. Vous êtes le J de UJA et FNUJA.
En ce qui me concerne, ma principale mission sera cette année de me mettre à votre service :
- au service de notre président. Simon, tu le sais, je te suis et te serai loyal. Tu peux compter sur moi.
- A votre service, au service de notre fédération, pour réussir au mieux à faire ce que nous faisons depuis 1947 : fédérer.
Depuis plusieurs jours, je me demandais comment ouvrir mon discours. Et jai pensé à ce film : les Chariots de feu.
Vous allez me dire mais quel rapport ?
Ce film plonge le spectateur dans la tradition solennelle de ces écoles britanniques qui sacralisent et rendent hommage aux générations précédentes.
Et surtout, dans ce cadre traditionnel, de la transmission, de lhéritage, ce film met en scène lambition et leffort fournis par deux étudiants et athlètes qui courent aux Jeux olympiques de Paris en 1924 et qui, malgré les obstacles, la tradition, les interdictions, les écueils, se permettent par leur courage de devenir ce quils voulaient être.
Cest ma vision de la FNUJA : le respect de la tradition, allié à laudace et limpertinence de la contestation.
« Louons nos hommes illustres et nos pères qui nous ont engendré. (
) Il suffit de fermer les yeux, pour se souvenir de ces quelques jeunes gens avec lespoir au cur et des ailes aux pieds. »
