Anne-Lise LEBRETON : Il ne ressort du discours du Ministre aucune bonne nouvelle ni surprise. Le point positif, cest que la ministre a acté la nécessité du doublement du budget de laide juridictionnelle. En revanche, elle a également indiqué quelle avait été incapable dobtenir un arbitrage favorable en ce sens. Cest symptomatique de la place que lon donne à la justice en France actuellement. Concernant les modes de financement, cette taxe sur le chiffre daffaires des cabinets davocats est évidemment inacceptable. Or, la Garde des Sceaux a semblé indiqué que cette taxe était la condition sine qua non à létude dautres pistes de financement. On demande à la profession de continuer à travailler à perte et de payer pour être payé. Cest un peu la double peine ! Cela fait des années que la profession est patiente, mais à force de promesses non tenues, cela finit par devenir insultant. Il y a dailleurs un vrai ras-le-bol qui sexprime actuellement au travers des journées de mobilisation, une réelle volonté de se faire entendre, et il mest avis que ce nest pas prêt de sarrêter
Gaz. Pal. : C’est votre premier challenge de présidente des jeunes avocats ?
AL L : LAide Juridictionnelle mobilise depuis des semaines la profession. Il ressort de la rencontre, à Matignon, de la délégation des représentants de la profession, dont faisait partie la FNUJA, avec la conseillère Justice du Premier Ministre et des membres du cabinet de la Chancellerie, que les justes revendications des avocats ne sont ni écoutées ni entendues. Le doublement du budget de lAJ nest, à ce jour, pas envisagé par les pouvoirs publics dont lobjectif immédiat se limite à trouver les fonds nécessaires pour couvrir le financement des nouvelles missions assumées par les avocats. En revanche, la taxe inacceptable des cabinets davocats, elle, demeure envisagée. Nous ne renoncerons pas à nos justes revendications et demanderons à être auditionnés par le député Jean-Yves LE BOUILLONNEC en charge de la nouvelle mission parlementaire sur lAJ qui doit rendre ses préconisations pour la fin de lété.
Au-delà de ces sujets dactualité, nous poursuivrons notamment les travaux menés sur légalité professionnelle. Après avoir obtenu ladoption du congé paternité des collaborateurs et la protection des collaboratrices au retour de leur congé maternité, nous avons adopté une motion en faveur des jeunes installés et associes. Nous voulons obtenir une amélioration de la prise en charge financière des périodes de congé paternité et maternité de ces derniers, avec assouplissement du critère darrêt total dactivité, ainsi que la mise en uvre dun régime dindemnisation complémentaire permettant, le cas échéant, une reprise dactivité progressive.
Gaz. Pal. : Dans votre discours dinvestiture, vous avez insisté sur la nécessité pour les jeunes avocats « dinventer lexercice de demain ».Pouvez-vous en dire plus ?
AL L : En effet, il me tient particulièrement en cur que nous réussissions à faire que les justiciables et les entreprises aient le « réflexe avocat », et pas seulement en cas de contentieux. La profession, parce quelle subit des attaques de toutes parts, est en mode défensif. Il faut passer en mode pro-actif. Nous ne devons pas nous replier sur nos activités traditionnelles, mais au contraire investir les champs dactivité qui nous sont ouverts : avocat mandataire immobilier, avocat mandataire sportif, correspondant informatique et libertés
et en conquérir de nouveaux.
Développer le réflexe avocat, cest stimuler lesprit dentreprise des Avocats. Les avocats sont souvent trop timides. Nous sommes des professionnels libéraux et donc par essence également des entrepreneurs, il nous faut agir en tant que tel.
La profession doit également prendre toute sa place sur le terrain des modes amiables de règlement des litiges (MARL). Nous devons investir ces pratiques qui répondent à une demande croissante des justiciables de prendre part au règlement de leur différend et y former les élèves avocats. Nous travaillons en ce sens avec lAssociation des Médiateurs Européens (AME) avec laquelle nous venons de signer un partenariat.
Gaz. Pal. : Vous avez également dénoncé dans votre discours les sites de tiers qui fleurissent actuellement sur le web, à linstar de Demanderjustice.com ou Legalstart.fr. Que leur reprochez-vous ?
AL L : Le problème nest pas le développement des prestations juridiques sur internet, au contraire, mais la manière dont des sociétés commerciales le font et utilisent les avocats pour créer un business sans tenir compte des règles déontologiques de notre profession, et ce au détriment des justiciables. La profession doit prendre la main sur le marché du droit sur internet, afin dêtre sur que nos règles essentielles seront respectées et les prestations fournies, de qualité. Le CNB pourrait par exemple créer un tel outil, géré par la profession au profit de la profession.
Gaz. Pal. : Comment se positionne la FNUJA vis-à-vis de lavocat en entreprise ?
AL L : Notre doctrine sur le sujet est fixée depuis notre Congrès de Bordeaux en 2010. Selon les termes de cette motion lexercice de lavocat en entreprise ne peut se concevoir quà condition quil soit conforme aux principes essentiels ainsi quaux règles déontologiques de la profession, le tout sous réserve du respect des conditions cumulatives et impératives, dont la suppression immédiate de la passerelle avec les juristes dentreprise. Il sagit en effet pour la profession dentrer dans lentreprise, et non de permettre une fusion, même a minima avec les juristes dentreprise.
Gaz. Pal. : Et concernant la réforme de la gouvernance, notamment le projet dOrdre national prôné par Jean Castelain ?
AL L : Nous sommes évidemment contre le « projet Castelain », conséquence dune guerre dégos, qui na rien de moderne, bien au contraire. Ce projet tend à confier la gouvernance et donc lavenir de la profession aux mains des seuls bâtonniers, qui sont en grande majorité des hommes de 20 à 30 ans de barre, ce qui exclut de fait les jeunes et les femmes. Nous sommes attachés à une instance représentative qui permette à chacun et chacune, quels que soient son mode dexercice et son champ dactivités, dexprimer sa voix. Le CNB, quoique perfectible, le permet, il est le parlement des avocats. Nous continuerons à le défendre.
Gaz. Pal. : Quels vont être les prochains temps forts pour la FNUJA ?
AL L : Lannée sera en premier lieu rythmée par la campagne pour le CNB dont les élections se tiendront le 25 novembre prochain.
Nous serons également présents à Montpellier, du 28 au 31 octobre prochain, pour la Convention Nationale des Avocats.
Gaz. Pal. : De par ses combats pour les droits des jeunes avocats, la FNUJA souffre-t-elle de la concurrence avec le MAC dAvi Bitton ?
AL L : Il nexiste aucune concurrence entre la FNUJA et le MAC. Les seuls syndicats actifs sur le terrain, qui assistent bénévolement et au quotidien les jeunes avocats en difficulté, ce sont les UJA. Nos combats ne sont pas dirigés contre personne mais pour les jeunes avocats et la profession.
Gaz. Pal. : Pour finir, quaimeriez vous dire aux pouvoirs publics que vous accusez de défiance envers la profession davocat ?
AL L : Il faut qu’ils sachent que le mépris à légard de notre profession est aussi injuste quinacceptable. Nous trouvons particulièrement choquant et déplacé la suspicion que lon ressent dans les discours des uns et des autres et qui conduit à ce que notre profession soit écartée de projets tel que laction de groupe. Les avocats sont là pour assister les justiciables, y compris les plus démunis, et ils le font avec conscience et compétence. Notre profession mérite le respect des pouvoirs publics, et ce même si nous sommes moins dociles que dautres professionnels du droit.
